ROUSSEAU Marcel Raymond

Rousseau marcel raymond

Il est né le 26 août 1894 à Fleury, fils de ROUSSEAU Marcelin et de LORY Louise. Jamais marié. Avant la guerre, il travaillait comme instituteur.

Marcel arrive le 4 septembre 1914 au 4e régiment d'infanterie qui se trouve alors en Argonne. Le 6, près de Vaubecourt, les 1e et 3e bataillons arrêtent net une forte attaque allemande. L’ennemi pousse alors sur la gauche un nouvel assaut qui, progressant à couvert dans le bois de Brouennes, va prendre à revers, les deux bataillons du régiment. Mais la 2e compagnie a décelé ce mouvement ; elle fait face aux assaillants, bien supérieurs en nombre, et les contient énergiquement. Le 7, le régiment défend les lisières du bois Defuy devant Rembercourt-aux-Pots. Une attaque allemande débouche sur la droite. Les 1e et 3e bataillons la prennent de flanc et la brisent. Le 9, nouvelle attaque : deux fortes colonnes s’élancent du Nord et de l’Ouest. Une défense opiniâtre s’organise. L’ennemi subit de très lourdes pertes. Le 10 septembre au soir, les survivants se retrouvent près de Condé-en-Barrois. C’est alors la reprise de la marche en avant. Le régiment poursuit l’ennemi par Condé, Vaubecourt, Foucancourt, Clermont et Aubréville. Le 15, il occupe Vauquois et Cheppy où il se maintient malgré les efforts acharnés de l’ennemi. Après avoir organisé les abords de la ferme de Rochamps et du château d'Abancourt, les bataillons vont, le 5 octobre, relever un régiment en première ligne, à proximité de la route Varennes-Four-de-Paris. A la fin d'octobre, le régiment attaque la cote 263, éperon situé à la lisière orientale de l'Argonne, à hauteur de Boureuilles. Le 5 novembre, le sommet est entièrement français. Après un court séjour à Lochères, le régiment occupe un secteur au pied de la butte de Vauquois. Marcel est nommé caporal le 15 novembre. Les 8 et 9 décembre, le régiment prend part à une large opération sur Vauquois mais le sommet ne peut être enlevé. A la fin de décembre les 1er et 2e compagnies attaquent, le village de Boureuilles. Elles progressent résolument jusqu'aux fils de fer de l'ennemi et s'accrochent au terrain.

Le 6 janvier 1915, le régiment quitte le secteur de Vauquois. A peine installé au repos, il reçoit l'ordre de départ. Les positions de la Haute-Chevauchée ont été violemment attaquées ; les réserves contiennent l'ennemi avec peine. Il faut leur porter secours. Les 2e et 3e bataillons gagnent le ravin des Meurissons, et, le 9 janvier, ils contre-attaquent. Les pertes sont sévères. La ligne se stabilise, et durant douze jours, par une température rigoureuse et sous une fusillade intense, pelles et pioches fonctionnent sans relâche. Pendant ce temps, le 1er bataillon intervenait à la cote 263 par une vigoureuse contre-attaque. Dès le début de février, le régiment tient les lignes du plateau de Bolante, ravin des Meurissons. Quelques petites mines de part et d'autre commencent à exploser. Le 16 février, l'ennemi ouvre dès le matin un violent bombardement. A 9 heures, il fait jouer cinq mines puissantes qui bouleversent totalement les tranchées. L'attaque suit aussitôt. Les compagnies qui occupent le plateau de Bolante, séparées des autres éléments en ligne par le ruisseau des Meurissons, résistent énergiquement. Mais le 135e régiment d’infanterie prussien parvient à s'établir sur la première ligne et à s'infiltrer derrière la seconde. Les survivants de la 4e, cernés de trois côtés, tirent jusqu'à leurs dernières cartouches. Quand ils succombent, après s'être battus au corps à corps, il y a déjà près de sept heures que l'attaque est commencée. Plus à droite, vers le versant Nord des Meurissons, l'assaillant a pu progresser sérieusement. La situation est critique. L'adjudant PEYROU groupe autour de lui les plus braves de la 11e compagnie. Grimpés sur le parapet, ils tirent jusqu'à ce que l'ennemi s'arrête. Leur résistance permet l'arrivée des renforts, qui rétablissent la situation. Le 4 avril, jour de Pâques, le régiment se porte à l'attaque. Seuls quelques éléments peuvent parvenir jusqu'à la position allemande. Le lendemain 5, nouvelle attaque. Elle ne peut déboucher des tranchées. Le 6 au matin, troisième tentative, les clairons sonnent la charge ; le régiment sort en masse, au bout de quelques secondes il est arrêté net. Le soir, une dernière sortie ne donne pas plus de résultat. Les pertes sont cruelles. Le régiment reste dans le même secteur jusqu'au 15 juin. Marcel est nommé sergent le 1er mai et blessé le 4 par un ricochet de balle au bras. La lutte devient de plus en plus dure pour le régiment : la guerre de mines se développe. En mai, deux ou trois fourneaux explosent chaque matin. De multiples projectiles de tranchées font leur apparition et bombardent méthodiquement les lignes. Le régiment occupe les tranchées des pentes de la cote 263 ; les allemands en ont organisé solidement le point culminant. Le 13 juillet, à 3h 30, éclate brusquement un des bombardements les plus violents que l'on puisse imaginer. Jusqu'à 7 heures, l'artillerie de tranchée prend à partie les premières lignes ; l'artillerie lourde pilonne les boyaux, les postes de commandements et les abris des réserves. Les obus toxiques neutralisent l'action des batteries. A 7 heures, l'attaque commence. De puissantes colonnes abordent le : 1er bataillon. Les tranchées sont presque nivelées ; beaucoup d'hommes ont été atteints pendant le bombardement, les survivants se battent avec la dernière énergie. Les uns se font tuer sur place ; Les autres, encerclés, luttent courageusement pendant plus de sept heures, s'ouvrent ensuite un chemin et contre-attaquent aussitôt. Sur les pentes de 263, dans un ouvrage appelé “ le Réduit ”, le 3e bataillon tient bon. Le “ Réduit ” est inviolable. Le 18, le régiment est relevé. Le régiment va au repos à Clermont-en-Argonne et à Auzéville, où les renforts viennent combler les pertes (26 officiers et 1.341 hommes du 13 au 20 juillet). A la fin d'août, le régiment reçoit la mission d'organiser et de défendre la cote 285. Cette cote, qui dominait les positions du ravin de Cheppes et du ravin des Courtes Chausses, commandait la route de la Haute-Chevauchée. Atteindre la crête sera le but de l'ennemi ; la lui interdire sera celui du régiment. Le 27 septembre, voulant atteindre la crête d'un seul coup, l'ennemi monte une véritable opération et déclenche brusquement son attaque après l'explosion de cinq fourneaux de mines. Il ne peut aborder l'ouvrage 4, mais il réussit à pénétrer dans l'ouvrage 5. L'ouvrage 6, débordé des deux côtés, semble irrémédiablement perdu. C'est la 10e compagnie qui a la défense de ce secteur. Tandis que les sections en ligne contiennent les assaillants, le lieutenant DELFOUR lance une vigoureuse contre-attaque qui bouscule les allemands, reprend intégralement le terrain, pousse même dans le secteur voisin et ramène 8 prisonniers. Pendant ce temps, le 2e bataillon mis à la disposition du 91e régiment d’infanterie, exécutait des contre-attaques sur le plateau de Bolante. A la suite de ces combats, l'ennemi conserve le point culminant du plateau de la Fille-Morte ; là il organise un observatoire, d'où il peut inspecter toutes les lignes de la cote 285. Dès lors, ses bombardements se multiplient. Obus, torpilles, minen, labourent le terrain. En même temps, la guerre de mines prend une extension considérable. Il n'est guère de matinées sans qu'une ou plusieurs secousses ébranlent la terre. 

Fillemorte

Le 12 janvier 1916, la 1ère compagnie, à la suite d'une explosion formidable, confient, énergiquement l'adversaire et lui interdit l'accès dans son ouvrage entièrement retourné. Le 3 février, les grenadiers de la 10e compagnie repoussent un violent assaut des allemands. Le 6 mars, nouvelle attaque. Les grenadiers de la 2e compagnie tombent presque tous. La 11e compagnie contre-attaque dans l'après-midi. Le sous-lieutenant GRIVOT tue de sa main 3 Allemands, s'empare seul d'un petit poste et en retourne le créneau. Il devait être tué peu après DAVIDOFF, ce Russe exilé qui s'était engagé dans les rangs français, tombe en atteignant un blockhaus : « Ça ne fait rien, dit-il en rendant le dernier soupir, c'est un homme de la 1ère section qui est arrivé le premier. » Le 22 mars, à l'ouvrage 6, le sergent LOUPPE, de la 2e compagnie, 1e « as » des grenadiers du 4e, et sa remarquable équipe, s'emparent des lèvres d'un entonnoir. Le 29 juin, l'aumônier de la division, « le bon Père Henry » comme tous l'appelaient, est blessé mortellement en première ligne. Le 30, juin, deux mines sautent dans l'ouvrage 5. La masse de terrain, en retombant, comble la tranchée de soutien où se tenaient prêtes à s'élancer deux sections de la 10e compagnie. Les deux vastes cratères restent aux mains des grenadiers. Le 8 septembre, la cote 285 est confiée au 96e régiment d’infanterie. Malgré la violence des mines et des camouflets, dont plus de 600 ont sauté depuis août 1915, malgré les attaques répétées, malgré les bombardements, malgré l'acharnement désespéré de l'ennemi, malgré les pertes sanglantes (32 officiers, 1.300 hommes, dont près de 400 morts) durant treize mois, le 4e a conservé intégralement la cote 285. Après un court arrêt au camp Besnier et à Rarécourt, le régiment cantonne à Beurey, Robert-Espagne, où il goûte presque un mois de véritable repos. Le 6 octobre, il est transporté en camions à Verdun. Le 1er bataillon tient le saillant d'Haudremont ; le 2e bataillon s'établit au bois Nawe ; le 3e est en réserve. Marcel reçoit une citation pour avoir "dirigé pendant 8 jours, du 9 au 16 octobre, le groupe d'observateurs de la compagnie, dans une tranchée évacuée pendant le tir d'artillerie lourde, aimant chacun de ses observateurs du plus bel esprit de dévouement par le zèle qu'il déployait à assurer son service et à nuire à l'ennemi. (Cette citation lui est attribué par le commandant du 204e régiment d’infanterie et il aurait été rattaché à la 17e compagnie de ce régiment). Les 18 et 19 octobre, retour à Beuray, Robert-Espagne. Mais le contre-ordre arrive. « Pour garder le terrain conquis par la division PASSAGA, de Douaumont à Vaux, il faut des poilus capables de se faire tuer sur place. » Tâche que la 9e division d’infanterie va remplir pendant deux mois. Le 1er septembre, le régiment commence la relève, par Fleury-devant-Douaumont, le bois de la Caillette et le bois de Vaux-Chapitre rasés. Des centaines d'obus pourchassent les sections. Il fait presque jour quand elles atteignent les lignes. Pendant des jours et des nuits, les hommes restent tapis dans les trous d'obus. Les bataillons organisent les ravins de la Fausse Cote, de l'étang de Vaux et du Bazil. Les compagnies fondent et le régiment quitte Verdun le 11 décembre. Il a perdu 5 officiers et 700 hommes. Enlevé par camions, le régiment demeure quinze jours dans la région hospitalière de Vitry-le-François. Le 27 décembre, il est transporté en chemin de fer à Épernay et Dormans.

Le 1er janvier 1917, le régiment entre dans le secteur de Berry-au-Bac, coin du front tranquille. Quelques patrouilles, beaucoup de terrassements et de temps à autre repos à Cormicy tout en ruines. Le 10, tout le régiment est assemblé au camp de Lhéry où il se prépare à la « grande offensive ».  Le 5e corps d’armée doit attaquer entre le dernier contrefort du plateau de sonne et le ruisseau de la Miette. La 10e division d’infanterie est à gauche, la 4e à droite, la 125 en soutien. Le 1er bataillon du 4e régiment d’infanterie a mission de contourner le bois des allemands par l'Est. Les 5e et 3e bataillons ont pour objectif la deuxième position ennemie au Sud de Juvincourt. L'aube blafarde du 16 avril déchire l'ombre. Il est 6 heures ; les poilus du 4e, frémissants d'enthousiasme, s'élancent des parallèles de départ. Soudain l'ennemi déclenche un tir de barrage d'une extrême violence. Du bois des allemands, de la plaine de Juvincourt, crépite un exaspérant concert de mitrailleuses ; les rangs sont fauchés. Le 1er bataillon, dépasse bientôt les premières lignes allemandes faisant des prisonniers. Il atteint la route 44 et attaque le bois des allemands. La lutte devient ardente. Sortis de leurs abris bétonnés et du tunnel de la route, les allemands opposent une résistance désespérée. On en vient au corps à corps. Le chef de bataillon allemands et ses quatre officiers, qu'un officier met en joue, lui donnent leurs revolvers. Plus de 100 Allemands mettent bas les armes. Peu à peu, l'encerclement du bois des allemands se dessine. La majeure partie de l'ouvrage du Hanovre, avec 12 officiers, plus de 350 prisonniers, 15 mitrailleuses et un matériel considérable sont au pouvoir du 1er bataillon.  A droite, le 2e bataillon, s'empare dans un élan admirable de la première position ennemie. Malgré les feux de flanc du bois des allemands et de la Musette, il aborde la deuxième position, occupe les tranchées Sud de Juvincourt et le Vieux Moulin. A 8 h10, tous les objectifs sont organisés et la liaison est assurée. Ses pertes sont fortes. Le 3e bataillon, qui a particulièrement souffert du barrage au départ, ne s'élance pas moins avec entrain dans le sillage du 2e bataillon. Après avoir contribué aussi au nettoyage de la première position, il atteint, à 7h 30, le Vieux Moulin, oblique à gauche et, en liaison avec le 2e bataillon, s'établit à cheval sur la route Juvincourt - Musette. Malheureusement, le bois des allemands et le bois des Buttes tenant toujours, le flanc gauche des 2e et 3e bataillons est entièrement découvert. L'ennemi s'en aperçoit et déclenche une vigoureuse contre-attaque. Elle est clouée sur place. Vers 16 heures, menée par des effectifs puissants, une nouvelle contre-attaque débouche en masse de Juvincourt et de l'Ouest. L'ordre est de rester sur la position coûte que coûte : les poilus, soumis à un feu violent d'artillerie, et pris d'écharpe par les mitrailleuses, font des efforts désespérés pour s'y accrocher. Des sections se fraient un passage et les blessés sont nombreux. Il n'y a plus de cartouches ! Sous le flot gris, les défenseurs de Juvincourt sont submergés. Le 1er bataillon réalise une légère avance au levé du jour. Vers 17 heures, toutes les dispositions sont prises pour enlever l'ouvrage de Cologne. A ce moment, un bataillon du 113e régiment d’infanterie est envoyé en renfort. Le fameux “ blockhaus vert ”, où se tient le poste de secours allemands et qui sert de réduit à la position, est encerclé. A l'une des entrées, une centaine de prisonniers se rendent : 70 Allemands, dont 2 officiers et 1 major. Mêlées aux unités du 113e régiment d’infanterie qui se battent de chaque côté de la route 44, les fractions continuent à progresser. Toutes les organisations bétonnées de l'ennemi sont enlevées L'encerclement du bois des allemands est terminé. Le régiment reste encore toute la journée du 18 avril sur les positions conquises. Il a perdu 28 officiers et 1.200 hommes. Après ces furieux combats, ceux qui reviennent du bois des allemands et de Juvincourt se reposent dans les baraquements de la ferme de l'Orme. Deux jours après, les renforts commencent à arriver et, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, le régiment reprend le chemin des lignes. Le 13 mai, il est relevé. Les 29 et 30 mai, le 4e monte en ligne. Alors, durant huit mois, c'est la languissante vie de secteur avec les alternatives d'activité et de calme. La période août-septembre est mouvementée. Le 12, de gros minen tombent çà et là dans l'ouvrage ovale. On devine un tir de réglage. Le 13 septembre, à 4h 30, chacun est alerté à sa place de combat. L'attaque se déclenche peu après. Bravant la mitraille dans son ouvrage bouleversé, la 2e compagnie lutte avec une énergie splendide, tandis que la Compagnie de Mitrailleuses 1 fait par ses feux de flanc un barrage terrible en avant de la ligne. Cloué sur place, l'ennemi ne peut réussir son coup de main. Le 14 septembre, tout le régiment rassemblé se repose dans les baraques Adrian d'Arcis-le-Ponsart. Du 1er au 28 octobre, le régiment est en ligne, devant le bois de la Casemate. Grande activité de patrouilles de part et d'autre.  Le 11 novembre, le régiment occupe le secteur Sud de Corbeny. Les tranchées sont bouleversées, tous les abris sont détruits et les Poilus gîtent dans des niches individuelles creusées hâtivement à même les parois gluantes. Les allemands sont très actifs, mais c'est vainement qu'ils tentent d'aborder les lignes. Le 21 novembre, pour faciliter l'attaque de la 125e division d’infanterie devant Juvincourt, le 1er bataillon exécute sur l'ouvrage de la carrière une hardie diversion la reconnaissance de la 2e compagnie ramène 8 prisonniers. Le 12 décembre, le régiment occupe pour quelques jours les plateaux de Craonne et de Californie, puis il termine l'année 1917 à Breuil, Courlandon, La Ville-aux-Bois. Les Allemands préparent la « ruée suprême ». Sur tout le front, on organise la position de résistance. Le régiment construit une ligne de défense allant de Vassogne à Cuiry, en passant par le Champ d'Asile. Durant vingt jours, les poilus fournissent, malgré le froid, un travail considérable. Au début de février, le régiment s'achemine vers l'Oise. Longues marches quotidiennes par Fismes, Fère-en-Tardenois, Neuilly-Saint-Front, Villers-Cotterêts, Saintines.

Le 4e stationne pendant cinq semaines dans la région d'Estrées-Saint-Denis ; il y goûte un repos des plus agréables. Mais brusquement, le 22 mars, il est embarqué dans des camions-autos qui l'emmènent vers la bataille. Débarqué en pleine nuit à Crisolles, Bussy, Genvry, il atteint dès l'aube Quesmy - Maucourt. Les Allemands ont enfoncé le front anglais : le 5e corps d’armée reçoit une mission de sacrifice : « barrer la route de Paris ». Les ordres se précipitent. Le 1er bataillon est avant-garde. Départ vers midi. Le soleil est de plomb. Pas de cris, pas de chants. « On y va ! » tout simplement. Les unités anglaises se replient. Les populations se sauvent apeurées. Les mitrailleurs traînent à la bretelle leurs mitrailleuses et leurs voiturettes, car ni les chevaux ni les mulets n'ont pu suivre. Après trois heures d'une telle marche, le régiment prend position : 2e bataillon devant Flavy-le-Meldeux ; le 1er bataillon au Nord de Plessis-Patte-d'Oie ; 3e bataillon en réserve à Buchoire. L'ennemi a forcé toute la ceinture d'eau qui couvre la région. Ham est pris. Pas de renseignements plus précis. Sans perdre de temps, avec les outils portatifs, chacun commence à s'enterrer. Au cours de la nuit, le 46e régiment d’infanterie relève le 2e bataillon, qui se porte en réserve à Berlancourt. Une nouvelle mission échoit au 3e bataillon : « défendre Collezy et, l'éperon 82 ». Quelques compagnies anglaises et leurs officiers se mettent à la disposition du régiment. Le brouillard qui empêchait, de voir à 2 mètres devant soi s'évapore peu à peu. Il est 10 heures. De tous côtés, les bataillons allemands se rassemblent. A 12 heures, ils débouchent en masse sur tout le front. Mal soutenues par l'artillerie, qui ne peut qu'exécuter des tirs clairsemés dans des zones non repérées, les compagnies, éparpillées, distendues, lutte farouchement. Deux fois devant le 1er bataillon, l'ennemi, dont les pertes sont sévères, reflue en désordre sur ses bases de départ. Dans Collezy, à la suite de la cavalerie anglaise, les 10e, 11e et 6e compagnies culbutent les assaillants et capturent de nombreux prisonniers et 7 mitrailleuses. Mais les vagues allemandes, sans cesse renouvelées, ruissellent partout. Il faut se replier. Le 3e bataillon échappe à la tenaille qui se resserre et retraite sur Berlancourt, puis sur la cote 94, que le 2e bataillon a achevé d'organiser. Les allemands entrent dans Plessis-Patte-d'Oie. Ils sont sur la 1ère compagnie. La 3e compagnie est encore sur la cote 83 ; la 2e compagnie tient quand même sur la route Ham-Paris. Elles se dégagent toutes de l'étreinte. Le régiment, dont les pertes sont lourdes, se regroupe sur la contre-pente de la cote 94, avec des éléments anglais. Pendant ce temps, l'ennemi pousse puissamment sur Guiscard. Un large mouvement enveloppant se dessine. Il faut encore se dérober à l'encerclement. Oscillant entre les colonnes ennemies, dont on suit la marche convergente par leurs fusées, les bataillons gagnent la ferme Saint-Martin, où ils bivouaquent dans les prés mouillés, sans couverture, sans abri. Le régiment prend position an Sud de Saint-Martin. 7 heures. Le brouillard se dissipe. L'ennemi exécute un violent tir d'artillerie sur le Plateau et sur Rimbercourt. Un dépôt de munitions explose au milieu du 2e bataillon. A ce moment, les troupes allemandes foncent entre Quesmy et la route et atteignent la crête. Assaillis avec violence, les Anglais et les éléments de droite refluent. Débordées des deux côtés, la 5e compagnie et la 7e compagnie sont obligées de se replier. Le 2e bataillon prolonge au Sud de la ligne tenue par le 3e bataillon. Les allemands continuent leur mouvement débordant. Ils réussissent à s'infiltrer par le ravin Nord de Rimbercourt et gagnent le village. Le 1er bataillon, pendant toute la journée, a disputé âprement le terrain. Par échelons, ceux qui ne sont point tombés rejoignent le chemin creux à l'Est de Rimbercourt. L'étau se resserre. La cavalerie paraît à droite. Le feu de l'ennemi augmente de minute en minute. Les défenseurs brûlent leurs dernières cartouches. La 6e compagnie s'acharne à droite. La 9e compagnie tente de crever le barrage à gauche. L'ennemi brise tous leurs efforts. Poursuivis par la fusillade et les obus, par fractions où se mêlent Anglais et Français de tous régiments, ceux qui ont pu échapper au massacre se reportent sur la croupe de Bussy en liaison avec la 1ère division, où ils tiennent jusqu'au soir. Les jours suivants : 26-30 mars 1918 – Le 26, le régiment en réserve organise une position de repli, à Ville et à la cote 78. Alertes sut alertes ; impossible de dormir, pas de ravitaillement, un vent aigre et toujours des obus. Les 27, 28 et 29, le régiment se regroupe dans la région Le Hamel – Dreslincourt. Les Allemands se brisent sur la montagne de Porquéricourt et sur le mont Renaud. La brèche ouverte sur le front se referme : le rempart français a barré la route de Paris. Le régiment a perdu 28 officiers et près de 1.000 hommes. Au cours de la journée du 24 mars 1918, le 4e régiment d’infanterie a combattu sur un front de 4 kilomètres contre un ennemi très supérieur en nombre. A tenu contre toutes les attaques de l’adversaire, ses éléments encerclés parvenant la nuit à se frayer à la baïonnette le chemin du retour. Le 25 au matin, a continué à tenir fermement pour permettre l’arrivée des troupes fraîches, a exécuté une nouvelle contre-attaque sous les ordres de son colonel, qui s’était placé à la tête du bataillon de réserve. A été ensuite, malgré la fatigue, maintenu au combat sans fléchir jusqu’au 30 mars. Le 2 avril, des camions emmènent les bataillons à Hors, Berny-Rivière et Roche. Du 4 au 7 avril, le régiment cantonne è Soucy, Vauciennes, Coyolles et Vez. Les 8 et 9 avril, les bataillons embarquent en chemin de fer à Villers-Cotterêts, à destination de l'Alsace. Le 10, le régiment s'installe à Grandvillers, Boron, Grosse et Vellescot. A la mi-avril, il relève le 75e régiment d’infanterie dans le secteur Balschwiller - Gilrlwiller. La 9e division est rattachée au 40e corps d’armée (VIIe armée). Habitué aux régions où les obus ont semé la désolation et accumulé les ruines, chacun demeure surpris devant la vie tranquille des villages alsaciens, même tout près des lignes. Le 1er juin au crépuscule, après quatre minutes d'un bombardement d'une violence inouïe, la 2e compagnie, secondée par les grenadiers d'élite des 1ère, 3e et 10e compagnies et un détachement d'Américains, bondit de ses tranchées de départ et s'élance avec entrain sur Ammertswiller. Pénétrant dans les organisations ennemies sur une largeur de 600 mètres et une profondeur de 300 mètres, les différents groupes bouleversent les abris, font, sauter les observatoires, détruisent les emplacements de mitrailleuses, fouillent quelques maisons du village et capturent des prisonniers. Prise à son tour sous un tir de barrage des plus meurtriers, la 2e compagnie rentre dans les lignes, ne laissant personne aux mains de l’ennemi. Le 1er juin, la 2e compagnie a exécuté un coup de main sur les organisations allemandes. Les grenadiers et voltigeurs se sont portés à l’assaut, ont avancé de 300 mètres dans les lignes ennemies sur un front de 600 mètres, bouleversant les abris et ramenant des prisonniers. Les 21 et 22 juin, le régiment quitte l’Alsace. Embarqué le 4 juillet, le régiment débarque le 5 dans la Somme. La 9e division d’infanterie est réserve de la 1re armée. Le 17 juillet, après une marche des plus pénibles par une chaleur écrasante, le 4e est transporté en camions de Saint-Étienne-au-Temple à Hautvillers. Il franchit la Marne sur les ponts minés prêts à sauter. Sur les routes, c'est encore le navrant exode des villageois qui fuient. L'ennemi menace Épernay. La 9e division d’infanterie est, rattachée au 5e corps d’armée (Ve armée). Le 18 au matin, après un tir de 75, le 2e bataillon débouche du bois de Roy. Son élan se brise sur d'épais réseaux intacts et contre une ligne bondée de tirailleurs. Il doit se coucher dans les grandes herbes sous un feu inouï de mitrailleuses et de 150. Le 1er bataillon reçoit l'ordre de relever un bataillon du 161e régiment d’infanterie au bois du Roy. Il entre dans Fleury-la-Rivière. Un tir de barrage par obus toxiques et explosifs le pourchasse jusqu'au bois, où il se fixe pendant cinq heures. Le 3e bataillon remplace le 1er bataillon. Les attaques reprennent dès le 20 juillet, en liaison avec la 51e division écossaise et le 82e régiment d’infanterie. La 10e compagnie capture 54 allemands et plusieurs mitraillettes. A gauche, le 2e bataillon parvient à réaliser de nouveaux progrès et maintient ses gains sous un violent tir de destruction. Les unités sont réduites des deux tiers. Le 21 juillet, nouvel assaut mené avec ardeur par la 9e compagnie. Ses efforts pour atteindre la ferme du Paradis restent vains. Le 22, la 1ère compagnie tente courageusement un bond en avant du bois : les mitrailleuses la clouent au sol. Le 23, elle n'a plus d'officiers. Et ainsi jusqu'au 27, avec les Sénégalais, le régiment demeure dans les sinistres bois du Roy et de Courton, où les obus et les gaz font chaque jour s'éclaircir ses rangs. Le 27, l’ennemi cède enfin. Le 2e bataillon, malgré la fatigue, le poursuit avec entrain, progressant pendant 4 kilomètres de point d'appui en point d'appui. A 17 heures, il atteint Champlat, on il reçoit l'ordre de s'arrêter. 20 officiers et 1.068 hommes sont hors de combat. Mais brusquement, le 13 juillet, les bataillons reprennent le train à destination de la Champagne. La 9e division d’infanterie est à la disposition du général GOURAUD, commandant la IVe armée.

Marcel passe au 35e régiment d’aviation, escadrille 118 le 1er août 1918 en tant qu’aspirant. Aucun historique ne permet de connaître ce qu’il a vécu dans ce régiment. Cependant, avant d’arriver en tant que bombardier dans l’escadrille, il a eu un entraînement de plusieurs mois et il fut nommé aspirant le 4 octobre 1917. Il est affecté à l’escadrille 118 le 1er aout 1918.

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@Archives municipales de Saint-Quentin - Album photographique O. Krüchmann

Le 21 septembre 1918, Marcel part pour une mission et s’envole au côté du sergent GAY Marcel Charles, pilote, en tant que bombardier. L’image ci-dessus est un Voisin 10 de l’escadrille 118, dont l’insigne est reconnaissable avec son hibou posé sur un croissant de lune. L’avion fut abattu par les allemands en 1918 et il pourrait s’agir d’un des deux avions de cette mission qui ne vit aucun équipage revenir. Marcel sera porté disparu à cette date ainsi que le sergent et l’autre avion les accompagnants.

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@ Fiche de Marcel - Agence internationale des prisonniers de guerre

Avec sa disparition le 21 septembre 1918, une demande du ministère de la guerre auprès des autorités allemandes a permis de savoir qu’il fut tué le 21 septembre et inhumé à Pontfaverger. Le sergent Gay, quant à lui sera fait prisonnier et survécu à la guerre comme l’autre équipage.  

Il a été officiellement tué à Heutrégiville. Il repose aujourd’hui à Fleury.

Heutregiville

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Il est cité à l’ordre du régiment n°180 du 7 novembre 1916 (204e régiment d’infanterie où il fut détaché) « A dirigé pendant 8 jours, du 9 au 16 octobre 1916, le groupe d’observateurs de la compagnie, dans une tranchée évacuée pendant le tir d’artillerie lourde, animant chacun de ses observateurs du plus bel esprit de dévouement par le zèle qu’il déployait à assurer son service et à nuire à l’ennemi. »

Il est également cité à l'ordre de l'armée, à titre posthume, le 21 avril 1922 (Journal officiel) : « Elève officier d’un zèle rare et d’un courage admirable, toujours volontaire pour les missions délicates. Tombé, le 20 septembre 1918, au cours d’un bombardement de nuit. A été cité. »

Citation 

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Les déplacements de Marcel durant la guerre

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