HORY Raymond

Hory raymond

Il né le 7 juin 1892 à Fleury, fils de HORY Alfred Jules et BLOUZEAU Marie Marcelline. Jamais marié. Avant la guerre, il travaillait comme cultivateur.

Raymond est au 60e régiment d’artillerie, en train de faire son service militaire, quand la guerre éclate. Il est alors dans la région de Nancy, il est regroupé autour de Laneuveville-devant-Nancy. Les troupes de couverture, retirées à 10 kilomètres en deçà de la frontière, sont tenues en alerte continuelle. Le régiment livre son premier combat le 14 août, sur la frontière de Lorraine, près d’Arracourt, pour appuyer l’infanterie qui attaque Juvrecourt et Bezange-la-Petite. Deux groupes prennent position dans le ravin de Juvrecourt vers 11 heures, les deux autres groupes près de Haute-Riouville vers 16 heures. Le soir, les batteries bivouaquent sur place ; le 15 au matin, le combat reprend avec violence ; l'artillerie allemande, qui couronne les hauteurs de la rive droite de la Seille, fait tomber sur la cuvette d'Arracourt une grêle de projectiles de tous calibres, mais malheur à certaines batteries allemandes de 77 et de 105 qui ont négligé de se défiler complètement aux vues du régiment, il voit voler en éclats sous les coups ajustés, le matériel des batteries ennemies réduites au silence. Dans l'après-midi du 15, l'ennemi bat en retraite par échelon ; le 16 au matin il a disparu ; le régiment entre en Lorraine annexée. Il a payé ses premiers lauriers et a subi ses premières pertes. Ce premier combat avec l'artillerie ennemie fut rude et, pour n'en citer qu'un exemple, un projectile de 15 tombant au milieu des avant-trains de la 66 a tué 6 hommes et en a blessé 18, mettant hors de combat 37 chevaux. Les avant-gardes du 20e corps se heurtent le 19 août, dans l'après-midi, à des forces supérieures sur les hauteurs de « Kanonenberg », à l'Ouest de Morhange. Le régiment, en batterie près de Suzeling, protège le déplacement de la 11e division, puis reçoit l'ordre, à la nuit tombée, d'aller cantonner dans la région de Puttigny. C'est là qu'à 6 h20 un ordre pressant réclamait l'entrée en ligne du régiment de toute urgence. Un temps de trot de 8 kilomètres l'amène au moulin de Suzeling, où le commandant la 11e division demande l'appui des batteries. Mise en batterie rapide, réglage court, puis de violentes concentrations de feu s'abattent sur Conthil, où l'ennemi masse une grosse contre-attaque. Pendant plusieurs heures, le feu par rafales bat les abords de ce village, empêchant toute contre-offensive allemande et permettant à la brigade de se décrocher d'une attaque très en pointe. Il faut battre en retraite, les troupes qui sont à notre droite ont cédé depuis plusieurs heures et il reprend la route de Moyenvic. Vers 18 heures, dans hauteurs Nord de ce village des masses profondes d'infanterie allemande sortent de Morhange. Le 4e groupe met en batterie et tire au niveau sur ces objectifs qui sont à 8.000 mètres, les force à prendre un dispositif de combat et retarde leur marche. Le régiment repasse la frontière dans la nuit. Le 21 au matin, deux groupes sont mis en batterie à l'Est de Moncel. Leur mission est de permettre l'écoulement du corps d'armée. Ils en sont relevés vers 14 heures pour prendre position à Sornéville où s'engage un duel rapide entre la 8e batterie et une batterie allemande. Au soir, la retraite est reprise par Saint-Nicolas-de-Port sur Ville-en-Vermois. Le 22 août, à 13 heures, le colonel recevait l'ordre de porter deux groupes à l'Est de Manoncourt-en-Vermois et deux groupes à l'Ouest de Coyviller. Le 20e corps, faisant face à l'Est, se dispose à attaquer de flanc l'armée du prince de Bavière qui marche vers Charmes. La lutte d'artillerie s'engage et dure jusqu'au 25 au matin. L'artillerie de corps 20 reçoit alors l'ordre de s'établir sur la croupe Ouest de Flainval et de prendre sous son feu les hauteurs Léomont - Deuxville. Les Bavarois ont fait tête à l'attaque, offrant de superbes objectifs. La 12e batterie tire à 400 mètres, sans souci des balles qui claquent sur les boucliers. L'infanterie un instant bousculée, se reforme autour des pièces et, contre-attaquant à son tour, donne de l'air à la 12e. Les durs combats des 25 et 26, ont rendus le régiment maître des hauteurs du Léomont. Le 27 au matin, le 3e groupe prend position près de Maixe. Les 1er, 2e et 4e s'installent dans le ravin Ouest du Léomont – Le Moulnot. Les nombreux cadavres allemands qui jonchent ces positions témoignent de l'efficacité des 75. La lutte reprend avec acharnement pour la possession de Friscati - Saint-Evre, Mohon et Bonviller. En face, les drachens allemands sont maintenant levés et règlent de violents tirs d'artillerie lourde sur les batteries. Celles-ci reçoivent l'ordre de se protéger par des travaux de terrassement, et un réseau téléphonique relie les postes d'observation aux batteries et au commandement. Les Bavarois attaquent maintenant avec violence, leur artillerie lourde bat les routes, les ravins et les bois, jour et nuit. Dans la nuit du 4 au 5, les Allemands parviennent au Léomont. Les groupes sont alors reportés au Sud-Ouest de Flainval. Une batterie est mise à la disposition du 8e régiment et dirigée sur Hudiviller, où elle met en batterie le soir même. Pendant toute cette période, qui se termine le 12 septembre par la retraite précipitée des Bavarois, le régiment a assis sa réputation. Transporté en chemin de fer dans la région de Sommereux (Oise), après un court séjour au Nord de Toul, le régiment arrive le 24 septembre à Villers-Bretonneux. Le régiment s'apprêtait à y cantonner lorsqu'il apprend que le groupe de division de réserve vient d'être enfoncé. Le 25 septembre, les quatre groupes sont engagés à l'Ouest de Chuignolles (rive Sud de la Somme) dans un combat de rencontre acharné qui se termine le soir à notre avantage. Le 26, à 10 h. 45, un détachement se porte en colonne vers Maricourt et rencontre à l'est de ce village un bataillon de territoriaux et des éléments du 45e d'infanterie fortement accrochés par des Bavarois. Le 1er groupe se met immédiatement en batterie. Devant lui, des lignes de tirailleurs ennemis courent, se terrent, puis progressent encore, soutenues par des tirs-violents de 77 et 105. Elles sont si nombreuses qu'elles semblent une succession de vagues montant à l'assaut de Maricourt. L'infanterie, angoissée, exécute le tir rapide, puis, brusquement, les rafales rageuses de nos 75, tirant à toute vitesse, étendent sur l'ennemi, leurs voiles noirs. Quand la fumée se fut dissipée, la plaine apparut nue aux regards. Six fois les Bavarois renouvelèrent leurs attaques. Elles restèrent infructueuses. Le 1er octobre, un ordre du corps d’armée ordonne d'attaquer « avec violence l'ennemi, qui n'a dû laisser devant nous que des arrières gardes ». Les 1er et 4e groupes appuient l'attaque sur le bois Favières (tire 1.100 coups), mais le 79e ne peut déboucher du bois de Maricourt, fauché par des mitrailleuses invisibles. Une attaque de nuit menée par le 41e colonial n'a pas plus de succès. Le 2 octobre, la reprise de l'offensive est ordonnée, de Curlu à Carnoy. Elle se heurte à une attaque allemande, piétine, et, en fin de journée, les positions n'ont pas changé. Le 5 octobre, le front se stabilise. Les 3e et 4e groupes partent pour Berles-au-Bois, à la disposition de la 39e division d’infanterie, où déferle le flot allemand. Les 1er et 2e groupes restent à la 11e division d’infanterie jusqu'au 17 octobre, livrant des combats incessants. Le 20, les 1er et 2e groupes rejoignent les 3e et 4e après avoir prêté l'appui de leurs feux à l’artillerie de division 20 pour l'attaque de La Boisselle. Du 20 octobre au 2 novembre, les attaques allemandes dans le secteur Gommecourt - Monchy-au-Bois diminuent progressivement d'intensité. Le 2 novembre (la bataille de l'Yser est à son apogée), les 1er et 3e groupes partent en une colonne à laquelle est incorporé le 396e régiment d’artillerie de campagne pour Merville. En y arrivant, vers 22 heures, ordre est donné de partir immédiatement à Elverdinge (Belgique), où le corps de cavalerie de Mitry est fortement engagé. Le 1er groupe, demandé vers 15 heures, le 4 novembre, exécutait près du moulin de Zuidschote une mise en batterie après une étape de plus de 100 kilomètres. Deux groupes de l'artillerie de corps 20 sont placés en réserve d'armée, pendant que les 2e et 4e, sous le commandement du chef d'escadron Bossu, allaient à Dixmude appuyer la brigade de fusiliers marins de l'amiral Ronarc'h. Le détachement Bossu, engagé près de la digue, en terrain absolument découvert, sous un feu intense, contribue à arrêter par ses feux les nombreuses attaques que les Allemands lancent sur Dixmude. En batterie dans des prés bas, sans défilement, ces deux groupes ont déployé jusqu'au 17 novembre des qualités d'ingéniosité et d'héroïsme remarquables. Pendant ce temps, les 1er et 3e groupes, engagés avec la 39e division, mettaient en batterie le 6 novembre, le 3e groupe à l'Ouest et le 1er groupe au Nord du mont Kemmel. Le brouillard intense et persistant oblige les observateurs à aller aux avant-postes. Les Allemands attaquent avec acharnement Messines et Wijtschate. L’infanterie, très éprouvée, accueille avec joie l'entrée en ligne du 60e. Les tirs sont particulièrement appréciés, le 6 novembre au soir, sur l'enfer de Messines et, le 10 novembre, sur les batteries allemandes de Wijtschate. Le régiment se regroupe au couvent de Saint-Sixt (Nord de Poperinge) le 19 novembre. Les 11e et 39e divisions, tiennent le secteur de Langemark. Les 1er et 3e groupes sont affectés au secteur de la 39e division d’infanterie, les 2e et 4e au secteur de la 11e division d’infanterie. Pendant toute la période qui s'étend depuis le 20 novembre 1914 jusqu'au 15 avril 1915, le régiment est resté dans le secteur compris entre Saint-Jean, au Nord d'Ypres, et le canal de l'Yser à Lizerne. Le mauvais état et l'étroitesse des routes, la nature marécageuse du sol, les pluies incessantes, l'impossibilité de creuser des boyaux ou des abris, plus que le feu de l’ennemi, mirent le moral des hommes à rude épreuve. En dehors de la prise de Wydendreff par le 2e bataillon de chasseurs, précédée d'une préparation d'artillerie très violente d'un quart d'heure (4 décembre), de la prise de Itortekeer-Cabaret (17 décembre) sans préparation préalable, et de quelques coups de main ennemis (1er février, 6 mars, 8 mars, 16 mars), l'histoire n'aura aucun fait à relater.

Le 17 avril 1915, le régiment s'embarque à Esquelbecq pour l'Artois. Le régiment débarque à Etaples le 18 avril et se regroupe dans la région Hermaville-Haute - Avesnes. Les reconnaissances sont poussées le 19 dans la région est de Mareuil. Les 1er, 2e et 4e groupes au Nord-Est du village et à l'Ouest de la chaussée Brunehaut, le 3e groupe au Sud-Est de Mareuil. L'installation des batteries est entreprise à partir du 20 avril ; avec discrétion et les réglages à partir du 23. Les Allemands, inquiets, exécutent sur les pistes, routes et villages des tirs par rafales qui leur causent quelques pertes. Le 30 avril commencent les tirs lents destinés à protéger nos travailleurs d'infanterie qui préparent les parallèles de départ. Ces tirs sont continués toutes les nuits jusqu'au 8 mai. Les batteries sont dotées de fascines pour le passage des tranchées, les échelons rapprochés dans la vallée de Mareuil, l'approvisionnement en munitions complété à 1.200 coups par pièce. Le 29 avril, le 4e groupe est porté aux Pylônes (Est de la tranchée Brunehaut). Enfin, le 9 mai, à 6 heures, les batteries sont prévenues que l'attaque aura lieu à 10 heures. La préparation d'attaque commence très violente et est encore intensifié à partir de 9 heures. L’infanterie sort de ses tranchées, emporte les tranchées allemandes de première et de deuxième ligne, les villages de la Targette et des Rietz et s'arrête aux premières maisons de Neuville-Saint-Vaast. La 6e batterie se porte en avant au trot sur la route Mareuil - Neuville complètement vue et, aux applaudissements de l'infanterie, prend position en territoire reconquis près des Rietz. Cependant, l'artillerie ennemie réagit fortement : des mitrailleuses installées dans les caves de Neuville, au cimetière et au moulin limitent la progression du 20e corps. La ligne, en fin de journée, passait, assez incertaine, par les premières maisons de Neuville et le cimetière. Le 10 mai, « la guerre de maisons » s'engage. Les commandants de batterie, juchés sur les toits, font l'impossible pour répondre aux demandes de feu de l'infanterie, qui progresse péniblement de maison en maison. Les batteries se sont toutes déplacées et portées dans la nuit à l'est de la chaussée Brunehaut. La 12e batterie (mise à la disposition de l'artillerie de division 11, ainsi que les 10e et 11e) est portée en territoire reconquis vers le Profond-Val. Le 16 mai, une seconde attaque d'ensemble est ordonnée ; malgré l'aide constante de l'artillerie, qui consomme de grandes quantités de munitions et dont les tirs sont minutieusement réglés, les progrès sont lents à travers les ouvrages ennemis fortement organisés et abondamment pourvus de mitrailleuses. Le 23 mai, l'attaque du village de Neuville n'obtient pas de succès notable. Le 27 mai, la 39e division d’infanterie est relevée par la 5e division d’infanterie. Les attaques partielles reprennent, combats au couteau extrêmement durs dans lesquels les batteries ont des tirs extrêmement difficiles à exécuter en raison de la proximité des lignes dans le village. Le 9 juin, une attaque énergiquement menée par deux régiments, les rend maîtres de Neuville-Saint-Vaast. Les contre-attaques allemandes, très violentes, échouent sous les tirs de barrage parfaitement réglés. Après avoir appuyé une série d'attaques partielles destinées à améliorer les lignes, le régiment est relevé le 6 juillet et prend quelques jours de repos dans la région de Lucheux - Sus-Saint-Léger. Embarqué à Longpré et Pont-Rémy le 18 juillet, il se rend au repos dans la région de Lunéville (Damelevières - Blainville). Les 3e et 4e groupes sont enlevés à l'artillerie de corps 20 et forment l'artillerie de la 153e division du 20e corps. Le régiment, réduit aux 1er et 2e groupes, débarque le 30 et le 31 à Vitry-la-Ville et Songy et se rassemble le 1er septembre dans les bois d'Auve, tous mouvements de jour interdits. Les reconnaissances sont effectuées le 2 septembre dans la région de Minaucourt et des positions sont reconnues pour le 1er groupe à 300 mètres Nord et pour le 2e groupe 600 mètres Nord-Est de Minaucourt. Les travaux d'installation commencent le 3. Le 2e groupe, placé à contre-pente, s'enterre ; le 1er groupe n'édifie que des abris légers. Des postes d'observation sont installés, l'un à la cote 180, l'autre à la cote 160. Les missions de chaque batterie sont définies : elles consistent en contre-batterie et interdiction sur les pistes, routes (Ripont, Rouvroy, la Dormoise). Une antenne réceptrice de télégraphie sans fil installée au poste de commandement du colonel permet d'effectuer des réglages nombreux par avion à partir du 12. Les tirs sont contrôlés par des photos d'avions. A partir du 22, des tirs de contre-batterie sont entrepris et menés sur toutes les batteries ennemies placées au Sud de la Dormoise ; les pistés, routes et ponts sont battus sans répit. Enfin, le 25 septembre, à 9 h. 15, l'attaque d'infanterie progresse sans pertes jusqu'à Maisons-de-Champagne. Vers 11 heures, les régiments divisionnaires se portent en avant, le régiment prend ses missions au pied levé. Un ouvrage construit en contrepente au Sud de la Dormoise, « l'ouvrage de la Défaite », arrête les progressions. Il est attaqué à 15 heures, après une concentration de feux très violente des six batteries du 60e, conquis et dépassé, mais une contre-attaque les rejette sur la ligne Maisons-de-Champagne - tête du ravin de l'Etang. L'aviation signale des colonnes ennemies dans Ripont et Rouvroy ; une dispersion est effectuée mais la nuit arrive sans que la progression ait pu être reprise. L'artillerie allemande s'est repliée au Nord de la Dormoise et couvre de projectiles nos nouvelles conquêtes. Le 26, la 2e batterie est portée à la borne 4 du ravin de Marson, d'où elle peut atteindre le parc de Fontaine-en-Dormois. Les autres batteries, constamment alertées, sont à la disposition des avions de surveillance pour battre tous les objectifs qu'ils signalent dans la zone du corps d’armée Les tirs d'interdiction sont poursuivis de nuit. La consommation journalière est de 800 coups par pièce. Le mont Têtu, pris le 28, leur donne un excellent poste d'observation sur les pentes de la Dormoise. Malheureusement, il est à 20 mètres des tranchées allemandes et en butte au tir incessant des minenwerfer. Une ligne de 4 kilomètres le relie aux batteries ; son entretien nécessite un effort magnifique de la part de nos braves téléphonistes. Jusqu'au 30 septembre, une série d'attaques partielles, ayant pour objectif principal l'ouvrage de la Défaite, sont menées journellement sans résultat. L'artillerie ennemie réagit avec violence, surtout en obus à gaz, et cherche les batteries. La traversée de la vallée du Marron, constamment infectée, ne peut se faire qu'avec le masque sur la figure. L'attaque de l'ouvrage de la Défaite doit être reprise, le 6 octobre. La préparation de l'opération commence le 4 et est continuée de jour et de nuit jusqu'au 6, à 5 h. 20. Les 1er et 2e groupes exécutent un barrage ininterrompu toute la nuit sur la Dormoise. L'attaque échoue. A partir du 8 octobre, les attaques d'infanterie sont suspendues, mais de nombreuses batteries allemandes ont repassé la Dormoise et sont attaquées méthodiquement par les tirs. Le 21 octobre, les 1er, 2e et 66 batteries, sont mises à la disposition pour participer, avec le 86 régiment, à une attaque sur la butte du Mesnil. Cette attaque échoue (25 octobre). Le 25 octobre, les batteries reçoivent l'ordre de s'installer pour hiverner. L'artillerie allemande, devenue très nombreuse, bombarde toute la région avec violence. Le secteur reste agité pendant tout le mois de novembre, puis le calme s'établit avec le mauvais temps. C'est alors, jusqu'au 24 décembre, la lutte sans gloire contre les tranchées qui se bouchent, les abris qui s'effondrent, les chemins où s'enlisent les convois, et le cafard qui accompagne les merveilleux espoirs déçus. Le 25 décembre, le régiment quitte le secteur, s'embarque les 28 et 29 dans la région de Blesme - Vitry-le-François et débarque, les 30 et 31 décembre dans la région de Vézelise, où il prend ses cantonnements de repos (Chaouilley, Eulmont, Battigny).

Le 31 janvier 1916, le régiment va cantonner dans la région de Rambervillers (Roville-aux-Chênes et Saint-Maurice-sur-Mortagne). Le 12 février, la 5e batterie est détachée au 86e régiment d'artillerie et se rend à Neuviller-sur-Moselle. Le 18 février, enfin, le régiment reçoit l'ordre d'aller cantonner à Bainville-aux-Miroirs et Roville-devant-Bayon. Le 22 février, un ordre urgent de l'armée fait embarquer le régiment, par alerte à Bayon. Débarquement dans la nuit du 22 au 23 à Longeville (près de Bar-le-Duc), cantonnement à Montplonne (17 kilomètres Sud de la voie ferrée). Mais la préparation d'artillerie allemande sur la rive droite de la Meuse est commencée ; le 60e est appelé en toute hâte dans la région du fort de Douaumont. Le 1er groupe se met en route le 23, à la nuit, par un froid intense et une route couverte de verglas ; les chevaux glissent, tombent ; les voitures roulent dans les fossés. Il marche toute la nuit ; arrivé à 7 heures du matin à Courouvre, il en part à 16 heures ; l'ordre de reconnaissance atteint le commandant vers minuit, près d'Ancemont. Le groupe traverse au trot ce village bombardé de cinq minutes en cinq minutes et reprend sa marche sur où il arrive à 3 heures. Il a couvert 110 kilomètres en 51 heures et se met immédiatement en batterie à 800 mètres Ouest du fort de Douaumont (ravin de la Mort). Le 2e groupe le suit à vingt-quatre heures de distance et prend position en bordure du bois de Vaux-Chapitre, à 200 mètres Sud-Est de Souville. La journée du 25 est extrêmement calme. La reconnaissance des lignes faite dans la matinée par les commandants de groupe et de batterie n'est pas inquiétée. Les Allemands avancent leurs batteries. Le 26 au petit jour, les capitaines du 1er groupe se rendant au fort de Douaumont pour y installer leur poste d'observation sont reçus à coups de fusil ; le fort a été pris dans la nuit. Le bombardement par tous les calibres reprend. Le 1er groupe tire à vue sur le fort et interdit toute progression à l'ennemi. L'attaque du village de Douaumont est brisée par les barrages et une contre-attaque de l’infanterie leur rend un petit ouvrage perdu la veille. A 23 heures, le 1er groupe, trop aventuré, reçoit l'ordre de prendre immédiatement position au Sud de Souville, à 200 mètres est de la batterie de l'hôpital. Le 27, dans l'après-midi, l'ennemi s'acharne sur le village de Douaumont, qu'il veut prendre à tout prix ; il déclenche attaque sur attaque et le bombardement s'intensifie encore pour détruire ces batteries de campagne dont les barrages contiennent ses assauts. Pas un instant les tirs ne s'arrêtent. Jusqu'au 8 mars, l'ennemi lance de perpétuels assauts de nos tranchées ébauchées et subit de perpétuels échecs malgré la densité de ses formations d'attaque. Pendant dix jours de lutte par un froid intense et sous un bombardement infernal, sans abri, les artilleurs tirèrent jour et nuit. Le 8 mars au soir, le 12e régiment d’artillerie de campagne vient relever le régiment au cours d'une préparation d'attaque allemande. On décide de laisser les pièces, en place pour ne pas interrompre le tir ; les pièces démolies seules sont remplacées. Les batteries quittent les positions à pied vers 22 heures et se rendent aux casernes Chevert. Elles traversent Verdun, désert, et se rassemblent près de Landrecourt où elles attellent les canons, du 12e. Le 10, le régiment va cantonner à Beuray et en repart le 13 pour Seraucourt et Courcelles-sur-Aire, où il reçoit des renforts en officiers, hommes et chevaux. Les Allemands poursuivent l'exécution de leur plan d'attaque sur Verdun en passant à une nouvelle offensive déclenchée sur le front Avocourt - Cumière. Une notable partie de leur artillerie de la rive droite a été transportée sur ce nouveau front, sur lequel ils vont tenter d'obtenir cette « décision » qui leur a échappé jusqu'à présent. Le 29 mars, le régiment vient cantonner à Jubécourt. Les reconnaissances sont faites le 30 dans la région Esnes – Montzéville et les positions occupées dans la nuit du 30 au 31. Les 1er et 2e batteries au Nord de la cote 310, la 3e batterie en deux sections, l'une au calvaire d'Esnes, l'autre à 500 mètres à l'Ouest du calvaire, près de la route Esnes - Avocourt. Le 26 groupe au Sud-Est de la cote 310, où il relève le 2e groupe 53e régiment d’artillerie de campagne. La 11e division tient le secteur. Les Allemands exécutent chaque jour des tirs sur zones très intenses ; leur aviation très active, repère les batteries qui sont soumises à des tirs de 300 coups de gros calibre. Des drachens nombreux (et sans doute l'observatoire de Montfaucon) déclenchent une riposte immédiate à toute manifestation de notre part. Cependant, tous les barrages demandés par fusée ou télégraphie optique sont exécutés instantanément ; leur densité et leur précision permettent à l’infanterie, surmenée, d'organiser la résistance. Dès le 3 avril, nos postes d'observation sont poussés à la cote 304, à 5 kilomètres des batteries. Il faut organiser des relais téléphoniques et un poste optique sur les pentes Sud de la cote 304. Les téléphonistes qui occupent ces postes, sont soumis, de jour et de nuit, à l'arrosage intensif des gros calibres ennemis. Le 8 avril, le 37e régiment d’infanterie est obligé d'évacuer Béthincourt. Le 9, les Allemands attaquent les ouvrages de Lorraine et d'Alsace dont ils s'emparent, mais les barrages du 60e les empêchent d'en déboucher. Toute la journée et toute la nuit, les batteries reçoivent de véritables trombes d'obus de gros calibres, mais, par leur travail acharné, elles ont construit en huit jours des sapes à l'épreuve, et les pertes sont légères. Le 1er groupe effectue seize barrages de 6 à 23 heures. Le 15, nouvelle attaque allemande écrasée par le feu. Le 29 mai, l'artillerie de corps 20 fait mouvement pour se rendre à Plachy-Buyon et Nampty. Le 30, les deux groupes vont à Glizy, les reconnaissances partent le même pour la région Nord de Suzanne. Comme en Artois, en Champagne et à Verdun, les positions de batterie sont à créer en entier. Les travaux commencent le 2 juin ; le 1er groupe se place en bordure de la route Suzanne - Maricourt, sur l'emplacement qu'il avait occupé en septembre 1914 ; le 2e groupe au Sud-Ouest de Maricourt. Les batteries sont armées le 9 juin. La mission du Régiment est de contre-batterie et d'interdiction. Les réglages commencent le 12 juin et sont poursuivis avec discrétion jusqu'au 25 juin, presque tous par avion. L'attaque en liaison, à gauche avec l'armée anglaise est fixée au 1er juillet. La préparation d'artillerie commence le 25 juin. Elle consiste, pour le 60e, en tirs de neutralisation sur les batteries, en tirs de nuit sur les routes de ravitaillement ennemi et en tirs d'entretien de destruction. Les 29 et 30 juin, les tirs sont menés alternativement en obus explosifs et en obus spéciaux. Le 1er juillet, l'attaque des 118e et 396e division d’infanterie part à 7 h. 30. La 2e batterie est à la disposition de son capitaine pour tirer sur les objectifs fugitifs dans la zone de la 11e division (carrière du Fond, calvaire du Curlu, carrière d'Eulembourg, Curlu). Les autres batteries exécutent des tirs de neutralisation sur les batteries signalées en action. Tous les objectifs sont atteints dans la matinée, sauf le village de Curlu, qui ne tombe qu'à 18 h. 30, après une intense préparation d'artillerie. Les 2 et 3 juillet, la chasse aux batteries allemandes continue. Le 4 juillet, le 2e groupe est mis à la disposition de l'artillerie de division 11. Le 5, le 1er groupe est mis à son tour à la disposition de l'artillerie de division 11 pour préparer l'attaque de Hem et du bois du Sommet. Ils reçoivent une mission de barrage pendant le déplacement des batteries du 8e. Le 7, le 2e groupe se porte en avant au Sud de la Somme et prend position au Sud du bois de Méréaucourt, d'où il prend en enfilade les tranchées ennemies de la zone Nord. Le 1er groupe, tout en conservant sa mission de barrage, tire en contre-batterie et se porte le 11 en avant du bois Y (Nord du moulin de Fargny). Du 12 au 30 juillet, la lutte d'artillerie continue violente et sans répit. De nombreuses concentrations de batteries de tout calibre, sont exécutées de jour et de nuit sur les nids de batterie, les villages et les bois. L’infanterie atteint les lisières de Maurepas et prend la ferme Rouge. Le 30, à 4 h. 45, une attaque des 78e et 20e corps enlève la halte de Maurepas, le bois de Hem et celui de la Pépinière. Les batteries prennent par roulement un repos de deux jours au camp du Hamelet. Puis, ce sont, les 11, 12, 13 et 14 août, des attaques successives qui les rendent maîtres d'une partie de Maurepas et d'un certain nombre de tranchées, attaques que le 60e appuie. Le nombre de canons mis hors service dans les batteries du régiment entre le 1er juin et le 14 août est de trente-neuf. Le 16 août, l'artillerie de corps 20 passe sous le commandement de l'artillerie lourd 1. Le 18 août, attaque par le 1er corps qui progresse au-delà de Maurepas et sur la rive Nord de la Somme. Le 24, attaque anglo-française qui progresse peu. Le 25 août, les deux groupes du régiment sont relevés et vont cantonner à Blangy-Tronville. Pendant toute cette période, les officiers et les hommes, dominant une fatigue physique et nerveuse écrasante, n'ont cessé de remplir avec précision les missions variées qui leur ont été confiées. Pas un instant, leur ardeur n'a faibli. Le 20e corps est mis au repos dans la région d'Eu- Le Tréport, après long effort sur la Somme. Du 29 août au 8 octobre, le régiment se repose, se complète et se remet au travail, instruisant les officiers, les cadres, les pointeurs, les téléphonistes, soignant les chevaux. Un cours destiné à former les détachements d'observation et de liaison est installé pour toute l'artillerie du corps d'armée à Eu, sous la direction du commandant la 2e batterie. Le 12 octobre, le régiment va cantonner à Poix, où l'instruction continue. Le 26 octobre, le régiment se transporte à Amiens et Saint-Martin-le-Pauvre (20 kilomètres de Poix). Le 13 novembre, l'artillerie de corps 20 reçoit l'ordre d'aller cantonner à Nampty et Neuville-sous-Loeuilly et part le 17 pour le camp du Hamelet, d'où les reconnaissances partent pour relever les deux groupes du 46e. Le 1er groupe à la chapelle de Combles ; Le 2e groupe au bois du Mouchoir. Les positions disparaissent sous la boue, les abris sont à peine ébauchés, car la progression des troupes vient de finir ; les postes d'observation n'existent pas, le camouflage est nul. Le 1er groupe, aux ordres de l'artillerie divisionnaire 39, a une mission de barrage devant Saillisel et une mission d'interdiction sur les arrières. Le 2e groupe, sous les ordres de l'artillerie lourde 20, a une mission de contre-batterie et d'interdiction. Les échelons sont dans le ravin de Suzanne - Maricourt, sur un terrain couvert de 15cm de boue et sans abris. L'artillerie allemande est très active. La bataille de la Somme touche à sa fin. Une attaque du 9e zouaves sur le bois de Saint-Pierre-Vaast échoue. Le temps et l'état du terrain rendent toute opération impossible. Les avant-trains eux-mêmes ne peuvent accéder aux positions de batterie. Les munitions sont apportées par des chevaux munis de sacs et transportant huit cartouches par cheval. Les batteries ennemies, craignant toujours une attaque, exécutent des tirs d'interdiction très nourris de jour et de nuit.  Le 26 novembre, l'artillerie de corps 20 reçoit l'ordre de s'installer pour une période de stabilisation en attendant que le temps permette la reprise des attaques. Le 12 décembre, l'artillerie anglaise vient relever les deux groupes, elle trouve une route solide conduisant aux batteries, des abris à munitions étanches et des abris sérieux pour les hommes. Les commandants de batterie règlent les barrages anglais et les batteries sont relevées par section dans les nuits du 12 au 13 et du 13 au 14 décembre 1916. L'artillerie de corps 20 embarque à Couty dans la nuit du 18 au 19 et débarque le 20 à Jarville. Pendant cette période, le commandement du régiment a été exercé par le chef d'escadron Vellicus. Du 21 décembre 1916 au 13 janvier 1917, le régiment prend part à des exercices de cadres et à des manœuvres avec l'infanterie au camp de Saffais. Un cours d'observation et de liaison est organisé à Xeuilley.

Le 13 janvier, le régiment cantonne à Jarville et Houdemont ; le 14, les reconnaissances partent de Tomblaine : Le 1er groupe relève le 3e groupe du 86e près de Jeandelaincourt (Sud de Nomeny) ; Le 2e groupe est dans la région d'Amance. C'est un secteur calme tenu par une brigade d'infanterie territoriale. Les batteries, le plus souvent en deux sections séparées, sont fort éloignées les unes des autres. Chaque pièce a trois ou quatre barrages ; le front est très étendu. Les positions de batterie sont parfaitement aménagées. Le froid, est extrêmement vif (de -15 à -18°c). Le service de guetteur aux fusées, organisé pour chaque section dans des guérites juchées dans les arbres, revient pour chaque homme tous les deux ou trois jours. Les alertes par officier d'état-major sont fréquentes ; enfin il tire très peu cinq coups par batterie et par jour. La présence du 20e corps, connue des Allemands par un prisonnier, les tirs de vérification des barrages exécutés par les capitaines habitués à de grosses consommations de munitions, agitent le secteur. Les Allemands font un coup de main sur Létricourt. Les barrages rapides, serrés et précis, exécutés à cette occasion par le 1er groupe, font dire à nos braves territoriaux « qu'ils se sentent en parfaite sécurité avec une telle artillerie ». Le 1er groupe quitte ses positions le 17 février, à 4 heures, et arrive aux échelons, à Montenon, à 7 heures. Le 2e groupe est relevé par le 4e groupe du 12e. Le régiment part pour Jarville le 19 et y embarque en chemin de fer dans la nuit du 19 au 20. Débarqué à Mézy, près Château-Thierry, dans la nuit du 20 au 21, l'artillerie de corps 20 va cantonner : le 1er groupe à Chézy-en-Orxois, le 2e à Saint-Gengoulph. Les commandants de groupe sont appelés à Vauxcéré le 22 près du commandant de l’artillerie lourde 20, pour y recevoir leur future mission et reconnaître les positions de leur groupe. Le 1er groupe sera à la lisière Nord-Ouest du bois Boyer, dans le ravin de Venderesse, à 700 mètres des premières lignes. Le 2e groupe près du moulin Gillot, à la même distance des lignes. Du 23 février au 15 mars, le régiment attend son entrée en ligne et met ce temps à profit pour continuer les instructions commencées (gradés et spécialistes). Le 15 mars, des travailleurs partent organiser les positions reconnues le 22 février. Le reste du régiment vient bivouaquer à l'Ouest de Barbonval le 26 mars et les batteries sont armées dans la nuit du 26 au 27 mars. Du 27 mars au 9 avril, les travaux sont continués de nuit. Il est interdit de bouger dans la journée. L'eau, proche du sol, empêche de creuser des abris à l'épreuve, et les Allemands, inquiets, arrosent fréquemment routes et vallées. Un réseau téléphonique très complet, placé dans des tranchées spéciales, est monté ; des points d’observation sont organisés ; trois jours de feu sont amenés sur les positions. Les officiers, enfin, munis de plans directeurs très complets et de nombreuses photographies aériennes, étudient le terrain de l'attaque. Le 9 avril, les réglages sont commencés par l'aveuglement des observatoires ennemis. Les groupes ont une mission de contre-batterie et d'interdiction. Les tirs de nuit, à raison de cinquante coups par batterie et par heure, sur les routes et pistes, sont ouverts dans la nuit du 10 au 11 avril. Leur position avancée permet aux batteries d'atteindre le mouvement ennemi dans sa région sensible, mais nos ravitaillements ne peuvent se faire que la nuit et en passant à quelques mètres des tranchées de première ligne. Il faut entourer les chaînes de chiffons, passer voiture par voiture et en silence. A partir du 12 avril, la préparation d'artillerie commence formidable. Les réglages par avion et ballon sont rendus impossibles par le mauvais temps. Il faut agir par réglage sur but auxiliaire et transport de tir. Les batteries ennemies sont prises à partie les unes après les autres et soumises à des concentrations violentes, les tirs de nuit intensifiés. Le 15, le déplacement vers l'avant de l'artillerie de corps 20 est préparé et sa future position fixée au Nord de Crandelain-Malval. Le 16 avril, à 6 heures du matin, notre infanterie se porte à l'attaque. Elle progresse de 200 mètres, puis est arrêtée par des mitrailleuses nombreuses et le tir d'une artillerie qui s'est dissimulée jusqu'alors. Le tir de contre-préparation allemand, très dense, s'est déclenché une heure avant l’attaque. Le commandant la 2e batterie, parti avec l'infanterie pour installer un poste d'observation sur le Chemin-des-Dames, voit un de ses téléphonistes tué d'une balle de mitrailleuse à la tête et ne peut progresser. La mission du 8e régiment d’artillerie de campagne, qui est sur roues, est prise par le 60e, qui exécute, en plus de sa mission, de nombreux tirs d'appui et de barrage malgré le tir sur zone allemand très violent. Quatorze hommes sont tués ou blessés au 1er groupe. Des avions allemands volant très bas mitraillent nos ravitaillements qu'on a dû demander en raison de la consommation. Au cours d'un de ces ravitaillements, une colonne revenant à vide de la position, sous les ordres du maréchal des logis Kennel de la 6e batterie, est atteinte par une salve de gros calibre. Un canonnier est tué, ainsi que de nombreux chevaux. La colonne s'arrête. Le tir ennemi ne cessant pas, il faut alors faire partir les voitures restantes. La nuit du 16 au 17 fut dure, la journée du 17 plus dure encore. Il faut reconstituer les approvisionnements en munitions par des routes encombrées et battues de tirs incessants, répondre aux nombreuses demandes de barrage, effectuer des tirs d'interdiction, renouer les communications téléphoniques hachées, neutraliser les batteries ennemies. Du 17 au 23 avril, les tirs se poursuivent méthodiques, précis, rapides toute la journée. L'infanterie progresse lentement au prix de pertes lourdes. Le mauvais temps complique tout. Le 23 avril, le 2e groupe, réglé par avion, reçoit 300 coups de 15 centimètres (deux canons et trois abris à munitions écrasés). Les 28, 29 et 30 avril, le 1er groupe est soumis à un tir violent de très gros calibre, visiblement destiné à une batterie du 39e qui s'est placée devant lui, et perd cinq hommes et deux canons. Du 1er au 5 mai, les tirs se ralentissent. Une attaque menée le 5 mai pour rectifier notre première ligne échoue. A partir du 10 mai, les deux groupes reçoivent une mission de barrage et d'appui direct devant la tranchée de la Pie et Les Vauxmairons. L'infanterie reçoit avec joie la visite des officiers des batteries en première ligne ; les barrages sont fixés et vérifiés devant les commandants de compagnie. L'activité du combat diminue. Le 20 mai, le régiment est relevé. Les commandants de groupe et de batterie sont enlevés en camionnette et vont reconnaître de nouvelles positions de batterie à La Montinette, près de Margival. La mise en batterie s'effectue dans la nuit du 22 au 23 mai. Les troubles qui sévissent dans certains régiments n'effleurent même pas le 60e. Les groupent ont pour mission l'appui direct devant les tranchées du moulin de Laffaux, occupées par l'infanterie du 37e corps. Ils relèvent deux groupes d'artillerie coloniale artillerie de corps 1 ; positions à peine ébauchées très peu camouflées, postes d’observations inexistants, munitions en vrac. Le secteur est calmé. Pendant la période du 22 mai au 8 juin, les batteries exécutent de nombreux tirs de harcèlement. Des barrages fréquents sont demandés entre le 2 et le 8 juin. Le tir ennemi s'acharne sur la 2e batterie, qui doit changer de position. Les sapes qu'elle a construites en cinq jours lui évitent toute perte humaine. Les capitaines, toujours à l'affût, découvrent des entrées de creutes qui sont attaquées à obus spéciaux. Le 9 juin, les groupes sont relevés par le 62e régiment d’artillerie de campagne. Ils embarquent à Villers-Cotterêts le 13 juin, embarquent à Vézelise le 14 et vont cantonner à Xeuilley, Parey-Saint-Césaire et Thélod. Le 30 juin, le 2e groupe va relever des batteries du 110e régiment d’artillerie lourde dans le secteur d'Aboncourt-sur-Seille, tenu par les 82e régiment d’infanterie territoriale et 83e régiment d’infanterie territoriale. Le 1er juillet, le 1er groupe relève dans le bois de la Lampe (Ouest de Mamet, secteur Ouest du Bois-le-Prêtre) le groupe Allemandet, du 260e. Les tranchées sont tenues par la 153e division d’infanterie. Le secteur du 2e groupe est moins calme. On y pratique les réglages journaliers et le jeu des représailles. Le secteur du 1er groupe devient un peu plus agité. L'ennemi tente de connaître nos intentions par de nombreux coups de main (14, 15, 19, 20, 25 juillet). Une préparation violente précède toujours ces coups de main. Le régiment y répond coup pour coup. Le 26 juillet, le 1er groupe, relevé par le groupe Allemandet, va retrouver à Villers-Saint-Etienne le 2e groupe, relevé le 19. Le 60e régiment d'artillerie est classé à la réserve générale d’artillerie. Le régiment embarque à Toul le 29 juillet et débarque le 30 à Villers-Doncourt où il reçoit l’ordre que le régiment est à disposition du 13e corps d’armée pour une action offensive au bois d’Avocourt. Le régiment bivouaque le 31 dans le bois Le Comte, au Sud de Brabant-en-Argonne. Le temps est abominable, l'arrivée et l'installation de nuit sont pénibles. Les commandants de groupe partent en reconnaissance et choisissent des positions dans la zone indiquée par l’artillerie divisionnaire 25 : Le 1er groupe en pleine forêt, à 100 mètres Ouest de la Croix-Prêcheur ; Le 2e groupe, à cheval sur la route-carrefour de Santé-Avocourt, à 2.500 mètres au Sud du village. Ce sont des positions à créer. Le 1er groupe n'a ni route ni chemin et la pluie a tout détrempé. L'approvisionnement à constituer est de 14.000 coups par groupe. La mission du régiment est de préparer et d'accompagner l'attaque du bois d'Avocourt. Dès le 2 août, une équipe de travailleurs par batterie commence l'aménagement des positions. Il faut se procurer, du matériel de voie de 40cm sans lequel l'accès des positions serait impossible (800 mètres pour le 1er groupe), monter la voie, la camoufler, déboiser dans la mesure strictement indispensable, amener à pied d'œuvre les matériaux, les munitions, le matériel monter les liaisons. Tous ces travaux, par une pluie incessante, sont extrêmement pénibles. Le montage-de la voie, en particulier, nécessite des prodiges d'ingéniosité en raison de la diversité des éléments récoltés un peu partout et plus ou moins abîmés. Les routes sont battues par des tirs allemands d'interdiction à obus explosifs et à obus à gaz. Le 10 août, les batteries sont armées et prêtes. Les barrages, préparés avec soin, sont vérifiés à 16 heures et donnent entière satisfaction. L'approvisionnement est porté à 6.400 explosifs, 900 à balles et 750 spéciaux par batterie. Le mauvais temps persistant rend les réglages difficiles. Le personnel et les chevaux sont très fatigués. Les tirs d'interdiction et de harcèlement commencent le 15 août. L'ennemi y répond avec violence. Toutes les nuits, les routes se garnissent de cadavres de chevaux qui gênent la circulation. L'aviation ennemie, très active, cherche les batteries, mais celles du régiment échappent complètement à ses vues. Le 18 août, on procède à un simulacre de préparation d'attaque de 17 heures à 18 heures. Les Allemands y répondent en inondant les batteries d'obus à gaz (2 officiers, 9 hommes évacués) ; le 53e régiment est très éprouvé. L'attaque systématique par le feu des boyaux et tranchées ennemies est entreprise le 19 au matin et dure toute la journée ; elle est suivie, la nuit, par des concentrations en obus spéciaux à dose massive. Le 20, à 3 h. 10, la préparation commence, formidable, et, à 4 h. 40, l'infanterie bondit hors des tranchées derrière notre barrage roulant. Tous les objectifs sont atteints, le feu est arrêté à 5 h. 50. Des reconnaissances protégées par des tirs d'encagement vont reconnaître les tranchées de seconde ligne et les trouvent occupées. Une épaisse fumée règne sur tout le champ de bataille, empêchant les communications optiques. Le barrage roulant est repris à 8 h. 45 et se fixe à 9 h. 40. A 12 h. 20, l'ennemi contre-attaque, mais ne peut progresser. Il lance de nouvelles contre-attaques à 14 h. 25, 15 h. 35, 17 heures, 18 h. 40, 20 heures et 21 heures, qui, toutes, échouent. Pendant la nuit, barrages et contre-préparations se succèdent presque sans arrêt. Il faut ravitailler dans la nuit, sous un tir qui tue ou blesse 9 hommes et 24 chevaux. La journée du 21 août est marquée par de nombreuses réactions ennemies, toutes sans succès (consommation moyenne, 1.500 coups par batterie). Le 22, l’infanterie organise ses conquêtes et demande de nombreux tirs de contre-préparation et de représailles. Le 24 août, les divisions placées à notre droite prennent la cote 304 et le Mort-Homme. Le régiment exécute pendant cette action la même préparation et les mêmes barrages roulants que les corps d’attaque pour tromper l’ennemi sur notre intentions (consommation moyenne, 1.100 coups par batterie). Du 25 août au 10 septembre, la lutte continue violente et acharnée de la part des Allemands, qui veulent reprendre les positions conquises. Les groupes qui entourent le régiment sont successivement écrasés. Grâce à une discipline exemplaire et à une science du camouflage, les groupes du régiment ne subissent pas de tirs réglés. Le 11 septembre, le régiment est relevé et se regroupe aux échelons bombardés de Bois-le-Comte et se dirige par étapes sur Cheminon-la-Ville. A Cheminon, le régiment se sépare de ses chevaux. Le 21 octobre, le régiment, enlevé en camions, est transporté à Chancenay et Beaudonvillier, près Saint-Dizier. L'instruction reprend. Le 17 novembre, le 2e groupe est transporté par l'unité de transport à Baroué. Les 1er et 2e groupes, embarqués en chemin de fer à Eurville, débarquent à Bayon le 19 et sont menés à leur cantonnement par l’unité de transport. Les reconnaissances sont effectuées dans la région de Lunéville en vue d'un renforcement éventuel. Le 18 décembre, le régiment est mis à la disposition de la célèbre division marocaine, qui occupe le secteur Flirey - Seicheprey, en vue d'un coup de main de grande envergure préparé par un certain nombre de régiments d'artillerie automobile de tout calibre entrant en action presque sans réglages préalables. Le 1er groupe est en batterie au bois de la Voisogne, les 2e et 3e groupes sont à cheval sur la route de Bernécourt à Beaumont. La vie journalière est assurée par des voitures hippomobiles prêtées par l'artillerie de la division marocaine. Les travaux et approvisionnements sont menés rapidement.

Le 6 janvier 1918, les barrages très compliqués attribués au 60e sont vérifiés (au cours de l'attaque, le 1er groupe doit faire sauter son barrage roulant par-dessus les troupes d'assaut et le continuer ensuite sans changer sa cadence). Le 7, la préparation est mise en train dans la matinée et l'attaque par la légion et le 8e tirailleurs sort à 12 h. 45. Tous les objectifs sont rapidement atteints et les légionnaires, à leur retour des lignes, acclament les batteries. L'ennemi ne réagissant pas, les groupes sont enlevés en autos le 10 et sont transportés au camp de Nixéville (Nord de Souilly), où ils arrivent le 12. Les reconnaissances partent le 13. Le 1er groupe relève un groupe du 41e au Nord des bois Bourrus, les 2e et 3e groupes au Nord du bois d'Haudromont, où ils relèvent l'artillerie de corps 1. Relève d'hiver pénible avec nos moyens de transport encore peu nombreux, par des routes couvertes de verglas où les camions glissent et culbutent (7 blessés). Du 14 janvier au 24 février, ce qu'il y a de nouveau dans le personnel ; du 60e s'entraîne. Les coups de main sont nombreux de part et d'autre, les tirs répétés, l'agitation constante. Les abris sont améliorés, des positions de repli amorcées, des observatoires créés. Les groupes sont relevés dans les nuits du 23 au 24 et du 24 au 25 février par le 272e, puis sont transportés à Givry-en-Argonne, où ils restent en réserve d'armée jusqu'au 7 mars. Le 8 mars, le régiment est mis à la disposition de la IVe armée, qui l'affecte au 30e corps pour des travaux à exécuter sur le front de Champagne. Le 28 mars, les groupes sont dotés de leurs moyens de transport presque complets. Le régiment se rassemble à Bouy et part le 1er avril pour la région de Conty (Sud d'Amiens). Il cantonne le 6 à Monsures et reçoit, à 16 heures, l'ordre de se préparer à faire mouvement la nuit suivante. A 18 h. 15, nouvel ordre : « Dès le reçu du présent ordre, les commandants de groupe et de batterie se porteront en reconnaissance à Fouencamps, près de Boves, à l’artillerie divisionnaire 29, pour effectuer une mise en batterie le 7 au matin près du bois de Gentelles. » La mission est donnée par le général Rebillot au détachement duquel le régiment est affecté : « Tirer sur les Allemands. » Les routes sont encombrées de paysans fuyant l'envahisseur dû à une grande offensive et au repli anglais. Les reconnaissances sont impossibles de nuit. Les batteries arrivent à Fouencamps vers 2 heures et sont mises en batterie au jour en rase campagne : les 1er et 2e groupes, au Sud de la grande route de Péronne ; le 3e groupe au Nord et à l'Est du bois de Gentelles. Quelques batteries anglaises sont près d’eux, protégées par des paquets, d'infanterie anglaise. La position de Gentelles, clef d'Amiens, doit être défendue à tout prix. Les munitions sont apportées, les lignes téléphoniques posées, les postes d'observation installés sans autre gêne que le mauvais temps. Les tentes sont montées et des tranchées abris amorcées. Le 8, la ligne de résistance Berteaucourt - Thennes est précisée et les accrochages faits immédiatement. Des observatoires, on peut voir les Allemands circuler vers le bois de Mareuil. Ce furent de beaux objectifs pour l'antique « tir aux lapins ». Le 9 avril, les Allemands entrent dans Hangard. Le 10, les 1er et 3e groupes se portent dans le ravin Ouest de Berteaucourt (à 600 mètres des lignes. Le 11 avril, les 1er et 3e groupes tirent toute la journée sur les petits paquets d'infanterie allemande qui circulent dans la vallée de l'Arve. A 16 heures, on ne voit plus personne. Le tir allemand est incessant (7 tués, 11 blessés). Dans la nuit, les fusiliers marins, qui sont devant eux, livrent des combats mouvementés ; des ombres s'agitent près des batteries. Le 12, la 4ème batterie où se trouve Raymond subit un bombardement par obus de gros calibre et les artilleurs de la 3ème pièce sont tués : Raymond et 2 autres soldats.

Gentelles

Raymond est mort le 12 avril 1918, au bois de Gentelles, sur la commune de Boves. Il repose aujourd’hui au cimetière de Fleury, avec son père.

Hory raymond 1

Il fut blessé le 11 septembre 1914 à 9 heures : plaie du cuir chevelu, du bras droit et de la jambe droite.

Il est cité à l’ordre du régiment n°25 du 15/04/1918 : « Canonnier d’une grande bravoure. Tué sur sa pièce, le 12 avril, en exécutant un tir, sous un violent bombardement par obus de gros calibre. »

Cdg 1 etoile bronze

Les déplacements de Raymond durant la guerre

Sources

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