GODIN Fernand

Godin fernand

Il né le 8 février 1895 à Fleury, fils de GODIN Jean Baptiste et GIRONOUX Emerantine Henriette. Jamais marié. Avant la guerre, il travaillait comme cultivateur.

Fernand arrive le 20 décembre 1914 au 146e régiment d’infanterie qui se trouve dans la région d’Ypres. Le secteur en décembre est celui de Saint-Julien (Belgique) qui paraît un peu moins inhospitalier au début, mais c’est une illusion vite dissipée. La pluie ne tarde pas le rendre affreux et l’ennemi s’y montre plus actif. Les soldats supportent les averses d’eau et d’obus avec le même stoïcisme. Le régiment revient dans le secteur des « Cuisiniers » le 1er janvier 1915, qui est un peu moins en effervescence ; puis le 9, dans le secteur de Fortuin où l’activité de l’aviation ennemie est croissante. Le 17, retour dans le secteur de Langemark, où le régiment demeure jusqu’au 25 février. Le séjour prend fin le 4 mars après un départ pour Vlamertinge puis le 5 à Zonnebeke ; le secteur s’étend de cette localité à gauche, au bois du Polygone à droite. Les trois bataillons sont en ligne. Les tranchées allemandes sont très rapprochées et le secteur est constamment en éruption. L’ennemi, largement pourvu de minenwerfer (mortier de 76mm), en fait un usage continuel qui inflige des pertes sensibles. Une des compagnies est durement éprouvée le 14. Le régiment est exposé à la guerre des mines et réplique par des tirs d’obusier Aasen, des pétards de cheddite, des mortiers de tranchées. L’occupation de ce secteur se poursuit jusqu’au 9 avril, avec des alternatives de première ligne et de cantonnements, à Saint-Jean-d’Ypres, à Vlamertinge, à Saint-Julien et à Ypres. Le 9 avril, le régiment est relevé dans les secteur de Zonnebeke par les anglais. L’obscurité est complète et les remplaçants sont en retard. L’état du terrain ajoute des difficultés sans nombre mais l’opération s’exécute sans incidents, et le régiment quitte la Belgique. La première étape le conduit en autos à Bombecque où le 12, il reçoit la visite du président Poincaré, du ministre de la Guerre et du général Gallieni. Le mouvement reprend le 14, avec cantonnement à Staple. Le 15, il entre dans le Pas-de-Calais, pour venir à Thérouanne. Les étapes suivantes conduisent à Pernes, d’où le 19, le régiment, embarqués en autos, roule par Valhuon, La Thieuloye, Monchy-Breton, Tincques, Savy et Aubigny, pour débarquer à Hautes-Avesnes. Le cantonnement est à Marœuil, où se trouve une forte agglomération de troupes. Il y a deux régiments territoriaux et un régiment d’artillerie. C’est les préparatifs de la bataille d’Arras qui va embraser le front, depuis Neuville-Saint-Vaast jusqu’à Notre-Dame-de-Lorette. Le régiment procède à l’organisation offensive du secteur et y déploie une grande activité jusqu’au 28, date à laquelle il est relevé pour aller au repos à Savy-Berlette où les préparatifs continuent : construction de passerelles de franchissement, distribution de vivres, de munitions, etc. Le 5 mai, le régiment est à Aubigny. Partout les troupes affluent pour l’attaque fixé au 7, puis retardé de quarante-huit heures. Le 8, le régiment se porte à Marœuil. Déjà, l’artillerie française commence une lente préparation. Le 9, dès l’aube, les bataillons occupent leurs positions de départ. Un bataillon se porte à Marœuil sur la cote 84 ; un deuxième dans la tranchée au Nord-Est de Marœuil ; le dernier est en position depuis deux jours dans la tranchée de première ligne. Vers 5 heures, le bombardement atteint une violence inouïe. A 6 heures, les soldats s’élancent, précédés de l’explosion de mines, sous les tranchées allemandes. Trois lignes de tranchées allemandes sont enlevées d’un seul élan. Des canons, des mitrailleuses, de nombreux prisonniers tombent entre les mains des français. L’artillerie de campagne se porte en avant. A la gauche du régiment, se trouve une division marocaine. A droite, un régiment progresse laborieusement et la bataille continue toute la journée. Les compagnies arrivent aux lisières de Neuville-Saint-Vaast où elles s’accrochent vigoureusement. L’attaque est reprise le 10, à 10 heures. Le 11, l’attaque continue et le cimetière de Neuville tombe. A partir du 15, la lutte tourne au combat de rues. Il faut conquérir Neuville, maison par maison, cave par cave, mur par mur. L’ennemi, qui s’accroche désespérément, est traqué partout sans répit. L’artillerie de tranchées le harcèle. La lutte devient effroyable et incessante. Le 19, les lignes sont furieusement bombardées. La lutte dans Neuville continue. Pendant la nuit du 20, le régiment enlève deux maisons, et le lendemain, dans la soirée, l’ennemi attaque sans résultat. Le régiment qui se trouve à droite, tente une attaque le 22 au soir mais lui aussi rencontre une résistance opiniâtre. Le même jour, à 17 heures, le 146e régiment d’infanterie essuie dans Neuville une attaque ennemie qui provoque un fléchissement momentané : toutes les positions sont bientôt rétablies. Deux nouvelles attaques, le lendemain, sont arrêtées net. Le 23, le régiment a pour mission de résister sur place et de redresser sa ligne pendant que d’autres attaque la cote 123 et le Labyrinthe. Le 24, quelques maisons sont arrachées à l’ennemi. A 14h30, des masses ennemies sont signalées. Dissociées par le feu de l’artillerie et des mitrailleuses, elles ne peuvent fournir qu’une attaque sans vigueur, facilement repoussée. Les hommes sont à bout de forces, lorsque arrive le 24, l’ordre de relève. Deux bataillons gagnent Frévin-Capelle et sont ensuite embarqués, en autos, au bois d’Habarcq, à destination d’Ivergny où ils trouvent le repos. Le dernier bataillon reste en ligne en réserve de division d’infanterie. Le 9 juin, l’ordre de départ est lancé, des autos le déposent à la fourche des routes Saint-Pol – Avesnes-le-Comte – Arras. A 20 heures, le régiment est en marche vers les premières lignes. Deux bataillons occupent les lisières Nord-Est de Neuville-Saint-Vaast ; l’autre est en réserve. Des bombardements incessants creusent des vides cruels dans les rangs. Le 12, la lutte reprend âpre et sans trêve. Le 14, une compagnie collabore avec un autre régiment sur la gauche et enlève 100 à 120 mètres de tranchées ennemies. Le 16, nouvelle attaque par le régiment, prise dès son débouché, sous les mitrailleuses ennemies. Seules deux compagnies progressent un peu. Aucun répit est donné à l’ennemi, l’attaque se renouvelle dans la soirée. La première vague est bientôt immobilisée, sous un feu terrible. La deuxième vague fait quelques progrès mais subit de fortes pertes qui l’obligent à s’arrêter. Fernand est blessé par un éclat d’obus à la fesse. Pendant la nuit, le régiment se reforme et il attaque à nouveau le 17. Les compagnies d’assaut bondissent dans la tranchée ennemie et poussent des éléments en avant. Mais ceux-ci, exposés au feu de l’artillerie française, sont obligés de se replier. C’est le signal d’une contre-attaque de l’ennemi qui enlève deux parallèles. Il n’y reste pas longtemps, une contre-attaque immédiate l’en chasse. Pour la deuxième fois, le régiment est désorganisé. Les hommes sont à bout de résistance physique et nerveuse. Les restes du régiment sont rassemblés et reformés les 18, au chemin des Pylônes, puis dirigés le 19 sur Ecoivres et Izel-les-Hameaux. Il revient de Neuville 31 officiers sur les 46 et 1631 soldats sur les 3140. Le régiment reste au cantonnement jusqu’au 27 juin. A cette date, il revient pour la dernière fois sur le champ de bataille de Picardie, dans le secteur du Labyrinthe. Il est d’abord placé derrière un autre régiment et le relève le 1er juillet. Les lignes sont bombardées continuellement ainsi que Marœuil et Etrun. L’incendie d’Arras s’allume à l’horizon. Le 4, une attaque à la grenade sur deux compagnies est repoussée, mais est suivie par un redoublement du bombardement. La relève a lieu le 5 et le 6 ; un bataillon vient cantonner à Ivergny et les deux autres à Izel-les-Hameaux. Le régiment ne tarde pas à quitter la Picardie. Transporté le 13 en autos, dans la région d’Abbeville, il s’embarque le 14 en chemin de fer à Pont-Rémy et roule vers la Lorraine. Le régiment débarque à Charmes, le 15 juillet, est cantonne dans les casernes de Lunéville. La ville est souvent survolée par les avions ennemis, et reçoit même quelques bombes le 27. De nouveau, il faut repartir, il s’embarque et arrive à Blesmes le 27. De Blesmes, le régiment se rend de nuit dans ses cantonnements de Vanault-le-Châtel et Doucey. Les plus grandes précautions sont prises contre les avions ennemis, et les marches nocturnes continuent dans le but de dérober à l’ennemi les mouvements de troupes. Le 30, le régiment bivouaque dans les bois entre Somme-Bionne et Somme-Tourbe jusqu’au 25 septembre. Le 25, le régiment s’élance sur son objectif en quatre vagues sur le bois de la Demi-Lune. Un bataillon, gêné par le tir de sa propre artillerie, appuie à gauche et entraîne dans cette déviation un second bataillon qui est à droite. A 10h30, deux bataillons s’emparent de Maisons-en-Champagne ; mais le bataillon désorienté est désorganisé par la lutte reflue jusqu’à la route de Cernay. Un bataillon gagne péniblement du terrain. Pris sous les feux de flanc venant de la main de Massiges, il s’infléchit à gauche. Divers éléments du régiment sont arrêtés devant la tranchée dite des 500. Cette tranchée finit par être prise à revers et à 18 heures, 180 à 200 allemands en sortent en se rendent. L’attaque fut rude avec 25 officiers et 528 hommes morts. L’attaque de l’ouvrage de la Défaite doit avoir lieu dans la journée du 26. Elle part à 15 heures et réalise une progression appréciable. Mais la capacité offensive de la troupe s’épuise rapidement à cause de manque de cadres. A 18 heures, l’arrêt est définitif et l’objectif n’est pas atteint. Le lendemain, à 16 heures, reprise de l’attaque. Ce qui reste du régiment est renforcé par deux bataillons d’un autre régiment. Les éléments de droite progressent assez facilement en repoussant une contre-attaque ennemie. Le centre et la gauche réussissent aussi à gagner sensiblement du terrain. Quelques groupes pénètrent même dans l’ouvrage, mais exposés au feu de son artillerie, ils ne peuvent s’y maintenir. Un repli s’exécute jusqu’à la route de Cernay. Le 28 s’écoule en réorganisation et travaux, tout en se tenant prêt à tout évènement. Des tirs de démolition sont exécutés sur l’ouvrage de la Défaite que le corps colonial doit attaquer. Le soir du 29, le régiment cède la place et se rend dans les abris voisins de la Borne 16, pour procéder hâtivement à une réorganisation. Un petit renfort arrive et le 1er octobre le régiment vient relever ceux du 29. Il place six compagnies en première ligne et deux compagnies en soutien et un bataillon en réserve. Le soir même, ils se mettent au travail pour creuser une nouvelle parallèle de départ en vue d’une attaque par une brigade marocaine, qui doit avoir lieu le 6. Vingt-quatre heures après, cette parallèle a déjà un mètre de profondeur. Les nombreux bombardements ennemis n’arrivent pas à ralentir les travaux, qui sont complètement achevés, gradins de franchissement compris, le 5, au moment où le régiment revient aux abris de la Borne 16. Le jour de l’attaque par les marocains, le régiment alerté occupe le bastion et le fortin. Il vient de recevoir un renfort de 400 hommes. Le soir il réoccupe le secteur et jusqu’au 9, date de sa relève, il exécute d’importants travaux de terrassement et de construction de réseaux afin d’assurer la possession définitive du terrain conquis. Le 11, étape à Dommartin-su-Yèvre, le 20 sur Valmy. Les opérations du régiment en campagne se poursuivent jusqu’au 21 décembre par une série de relèves, l’occupation du secteur de Maisons-en-Champagne alterne avec le cantonnement à Valmy. Le 28 décembre, le régiment monte en chemin de fer à Blesmes où quatre mois auparavant il débarquait. Il débarque le 29 décembre à Diarville, il fait un nouveau séjour en Lorraine à Praye-sous-Vaudémont et Saint-Firmin.

Il arrive ensuite le 1er février 1916 à son cantonnement de Bertrichamps, NeufMaisons et baraquements du bois Viombois, pour exécuter des travaux d’organisation défensive dans la région de Baccarat. Le 18 février, les travaux terminés, le régiment part à pied et arrive le 20 dans les cantonnements de Méhoncourt, Brémoncourt, Einvaux où il a ordre de se tenir prêt à un embarquement éventuel. L’embarquement a lieu le 21, à Charmes, et le débarquement le 22, à Revigny. La ruée allemande sur Verdun s’est déchaînée la veille et la situation menace de devenir grave. Le 25, le régiment se trouve à Chaumont-sur-Aire et Courcelles-sur-Aire. Il se hâte vers le champ de bataille. Le même jour, il s’embarque en autos, débarque à Regret et vient cantonner à la caserne Marceau, tandis que les mitrailleurs font la route à pied. Le 26 février, alerté, il part de la caserne à 3h15, un bataillon se place dans le ravin situé au Sud de la croupe du carrefour Ouest de Douaumont. L’ennemi multiplie ses attaques ; au commencement de l’après-midi, il bouscule la ligne de zouaves et tirailleurs qui est devant un bataillon du régiment. Deux compagnies le contiennent et au moment où il atteint le Calvaire, une autre compagnie se lance à la baïonnette. Les allemands, surpris, s’arrêtent, les deux compagnies saisissent immédiatement l’occasion et chargent, mettent l’ennemi en fuite et le poursuivent avec les tirailleurs, dépassant même la ligne précédemment occupée. A 16 heures, tout danger est écarté mais 10 minutes après, une nouvelle tentative mais est vite avortée par le feu de l’artillerie. A 16h30, pour la troisième fois et après une nouvelle préparation, l’ennemi s’élance sur les lignes : les tirailleurs commencent à fléchir. En un clin d’œil, la réserve avance et la première ligne se lance baïonnette au canon. L’ennemi qui arrivait à la crête est surpris, frappé de terreur, il oscille, lâche pied et fuit précipitamment. Le soir, le secteur est organisé, il se limite à droite par le Calvaire et à gauche par la ferme Houdremont. Les attaques ennemies se renouvellent les jours suivants mais sans provoquer une crise comparable au 26. Fernand est blessé par balle mais cela lui provoque qu’une contusion au coude gauche. Le 3 mars s’écoule dans un calme relatif mais le 4, l’artillerie ennemie fouille le ravin Sud du Calvaire et bombarde les deuxièmes lignes. L’attaque allemande a lieu à 18h mais est maîtrisée. Le soir, deux bataillons sont relevés et les jours suivants, les éléments du régiment rejoignent successivement les baraquements Aviation où un bataillon se tient en état d’alerte. Dans l’intervalle, il cantonne à Saint-Dizier du 10 au 21 mars, puis à Haironville et Rupt-aux-Nonains jusqu’au 31. Ces jours sont marqués par diverses prises d’armes pour remise de récompenses. Le 31 mars, le régiment débarque des autos à Dombasle-en-Argonne et le 5 avril, il retourne à la bataille en alerte. Partant à minuit de Dombasle, il arrive à Montzéville le 6 à 2h30. Un bataillon repart peu de temps après pour Esnes, il se rend le lendemain à la cote 304, pour combler un vide qui s’est produit entre deux régiments. Les allemands ayant enlevé, le 7, les ouvrages dénommés : Vassincourt, Peyrou et Palavas, la reprise de ces deux derniers est décidée pour le 8 au matin et dans ce but un groupement formé d’unités du 146e et deux bataillons d’un autre régiment est formé. Cette contre-attaque ne peut développer sa pleine puissance. Les éléments opérant la nuit, sur un terrain inconnu, au milieu des difficultés sans nombre n’arrivent qu’entre 4h30 et 5h30 ; seul un bataillon est face à son objectif, les autres, surpris par le petit jour, ne peuvent agir ; il en résulte que l’action du bataillon est très limitée. Le résultat est que le front du régiment est limité à gauche par la corne Nord-Est du bois Camard, à droite par le fond du ravin descendant de la cote 304. Il y eu 8 hommes tué dont Fernand.

Bois canard

Cote304

Fernand est mort le 8 avril 1916 sur la cote 304, à Esnes-en-Argonne. Il repose aujourd’hui dans le cimetière de Fleury.

Godin fernand 1

Note : le récit commence à la date de sa mobilisation mais il a très certainement connu le front après sa période d'instruction, en général 7 mois.

Les déplacements de Fernand durant la guerre

Sources

Merci de signaler les liens ne fonctionnant pas

Ajouter un commentaire