LEGER Paulin

Leger paulin

Il né le 11 avril 1892 à Cudot (89), fils de LEGER Eugène et BRIRA Célestine. Jamais marié. Avant la guerre, il travaillait comme cultivateur.

Paulin arrive le 23 juin 1915 au 4e régiment de zouaves qui se trouve sur le front d’Ypres. Il est en train de réaliser des travaux d’organisation, des boyaux qui permettront d'aller en sécurité de Nieuport au Polder et au Mamelon-Vert. Le parapet si précaire du début n'est plus utilisé que comme parallèle de surveillance. Les parallèles principales et de doublement sont terminées au mois de juin ; les parallèles de soutien apparaissent fin juillet. Le redan de Nieuport est aménagé en place d'armes pour un bataillon. A l'arrière, les Zouaves ne sont pas moins actifs qu'à l'avant. Avec l'aide du Génie divisionnaire, ils transforment le camp de Mitry, le rendent habitable, construisent le camp Rinck, élèvent des écuries, installent des lavoirs, un théâtre complet a même surgi en un clin d'œil entre deux dunes. Partout, d'Oost-Dunkerque à Coxyde, ce coin de la côte belge montre des traces de leur activité. Au début d'août, le 8e Tirailleurs vient remplacer le 1e Zouaves qui quitte le groupement de Nieuport. Les Tirailleurs sont d'abord amalgamés aux hommes du 4e Zouaves, des sections mixtes sont formées. Au début de septembre, les Algériens étant suffisamment au courant du régime des tranchées, chaque régiment reprend son autonomie ; le 8e Tirailleurs garde le Polder et le Mamelon-Vert, le 4e Zouaves, passant à sa gauche vers la mer, occupe les Dunes et Nieuport-Bains. Le régiment trouve là un secteur dont l'organisation était déjà fort avancée ; les hommes goûtèrent surtout les abris enfoncés dans le flanc des mamelons de sable et qui leur paraissaient formidables, indestructibles auprès de leurs modestes cabanes de madriers et de sacs à terre de Lombaertzyde. Désormais les torpilles pouvaient tomber, ils s'en moquaient et ils ne ménagèrent pas les louanges à l'adresse de leurs prédécesseurs du 1e, qui, eux, n'avaient pas ménagé leur peine et leurs efforts pour laisser use position digne de leur régiment. Cette période de Nieuport-Bains fut une période de travail intense ; chacun avait à cœur de parachever un travail si bien commencé et qui permettait de subir sans pertes les plus forts bombardements ; l'expérience devait le prouver par la suite. Nieuport-Bains fut organisé en point d'appui. Deux petits ouvrages, la Maison du Marin et Beacon le protégeaient dans la direction de l'ennemi. Deux grands boyaux couverts, éclairés à l'électricité furent construits de part et d'autre de la rue principale ; ils permettaient d'aller sans être vu de l'embranchement de la route Groenendijk jusqu'au canal de l'Yser, le boyau bordant la plage pouvait en plus être employé comme tranchée de tir. Toutes les caves des villas furent réunies par un boyau central reliant entre eux les différents abris et postes de commandement. Ces travaux n'exigèrent pas moins de quatre mois d'efforts soutenus ; tous les bataillons et l'équipe de pionniers y participèrent ; ils furent dirigés par le Commandant Lagarde et par son adjoint, le Capitaine Reynes. Le premier s'occupait plus spécialement des premières lignes et des défenses du canal de l'Yser ; le second, du travail à l'intérieur de Nieuport. Tous ces travaux, qui coûtaient tant de peine, permettaient de supporter avec des pertes réduites les bombardements de plus en plus violents des allemands. Le secteur fut équipé pour répondre à ces bombardements ; des lance-bombes de 58, de 150 et de 240 furent amenés, montés dans les Dunes ; ils étaient servis moitié par des Zouaves et moitié par des artilleurs, qui rivalisaient d'entrain pour frapper et démolir les tranchées ennemies. Des journées entières se passaient dans le calme le plus absolu, puis brusquement, des tranchées adverses partaient les gros cylindres noirs lancés par des minens allemands. Pendant une heure, c'était un bombardement effroyable, indescriptible. Partout en l'air tourbillonnaient les torpilles et les bombes à ailettes. Puis brusquement tout rentrait dans le calme, chacun remontait son parapet éboulé, remettait ses abris en état, accumulait de nouvelles munitions, et quelques jours s'étant écoulés, un nouveau bombardement était déclenché, tantôt par les français, tantôt par les allemands. Les Zouaves appelaient ces journées agitées, des journées de « bamboula », et les grandes bamboulas dont on se souvient encore au régiment eurent lieu les 7 et 15 octobre, le 10 novembre, le 27 décembre, les 1er et 21 janvier 1916.

Le bombardement du 21 janvier fut effectué par le régiment. A peine était-il déclenché que les allemands répondirent avec fureur et avec une violence inaccoutumée, si bien qu'il fut impossible aux bombardiers de tirer tous les projectiles prévus. La nuit fut calme cependant, mais le 22, dès l'aube, les allemands commencèrent à battre les boyaux et points de passage avec des pièces de campagne. Le 23, l'artillerie allemande fut plus active encore. Il était de toute évidence qu'elle réglait son tir ; aussi personne ne fut très surpris quand le 24 à 10 h. 40 le « Trommerfeuer » se déclencha. Tout le monde s'y était préparé depuis deux jours. Il surprit cependant et par sa violence et par la proportion de gros projectiles qui s'abattaient sur les tranchées françaises. Jamais le régiment n'avait vu chose semblable et de fait, les pilonnages les plus forts de 304 et de Vaux-Chapitre qu'il eut à subir par la suite ne dépassèrent point en intensité ce bombardement précurseur des méthodes violentes que les Allemands allaient employer à Verdun. A 13 h. 30 il y eut un brusque arrêt, un silence impressionnant succéda au vacarme ; personne cependant ne se laissa prendre au piège et à part quelques guetteurs, tout le monde resta dans les abris. A 13 h. 40, le tir de l'artillerie allemande reprit, il était accompagné cette fois d'un tir de minens tel que nul ne se souvenait en avoir vu de semblable. Partout les torpilles tournoyaient, et la fumée était si épaisse que les hommes avaient la sensation d'être perdus, séparés irrémédiablement les uns des autres dans cet enfer où cependant il fallait rester. Les segments les plus battus étaient ceux de la Plage de la Grande Dune et du Polder, et c'est sur ceux-là que les allemands, vers 16 h. 30, lancèrent leur attaque. Attaque bien timide à la vérité, car à part une dizaine d'hommes qui sortirent devant la Grande Dune et une quarantaine qui purent arriver jusqu'à la tranchée du Polder, personne ne bougea dans les tranchées allemandes ; notre tir de barrage clouait les assaillants sur place. Ceux du Polder furent facilement repoussés après une courte lutte, par une contre-attaque de la 15e Compagnie. Le terrain laissé à la garde des Zouaves restait inviolé. Si les pertes du régiment furent sensibles, celles des Allemands furent plus sérieuses encore. Ils auront ce jour-là, plus de 900 hommes hors de combat. Les tranchées françaises étaient complètement pulvérisées, les boyaux n'existaient plus, il fallut les refaire, remonter les parapets, replacer les défenses accessoires. Les allemands qui avaient à panser des blessures autrement sérieuses, laissèrent travailler le régiment en toute liberté. A la fin de février fut commencée la construction d'un nouveau camp à proximité de Coxyde-Bains ; il fut appelé le camp Bador, pour honorer la mémoire d'un Zouave du 11e Bataillon tombé glorieusement dans les journées précédentes. Le nouveau camp fut construit avec le plus de confort possible, les baraques de la troupe comprenaient à une extrémité une salle de lecture, à l'autre extrémité une chambre pour les sergents. Au milieu du camp une salle de spectacle, décorée et ornée par les Zouaves, pouvait contenir plus de 800 personnes. La troupe théâtrale du régiment y donna de nombreuses représentations. Cette troupe était connue de toute la garnison de Coxyde. Ses musiciens et ses chanteurs donnaient tous les après-midi un concert au mess des officiers. Les comédiens montèrent et jouèrent une revue qui eut le plus franc succès et qui, avec d'autres pièces, tristes ou gaies, aidèrent tout le monde à passer les longs mois d'hiver sans trop subir les atteintes du « cafard ». Le 15 mars, le calme qui de nouveau était revenu dans le secteur fut troublé par un coup de main de notre part. Quarante grenadiers, sous la conduite des Sous-Lieutenants Beaudoin et De Ghost, réussirent à pénétrer avec une rare témérité jusqu'à la troisième tranchée allemande qui fut trouvée évacuée. En avril, un second coup de main exécuté par le Sous-Lieutenant Papillon eut le même résultat. Ces actions continuelles, ces bombardements incessants exerçaient lentement leur influence sur le régiment, le confirmaient presque à son insu dans sa propre valeur. Comme un outil que l'on forge, il avait été façonné aux rouges lueurs des obus, dans le fracas des torpilles, au froissement des baïonnettes, au sifflement des balles. Le 20 avril, le régiment quitte la Belgique, les Dunes, Nieuport-Bains ! et après un alerte défilé au milieu de toute la population de Coxyde, accourue pour lui dire adieu, est embarqué dans des camions autos à destination de Dunkerque et de sa banlieue. Du 20 avril au 10 mai, dans les Dunes de Dunkerque, le régiment s'exerce au combat offensif ; des écoles de Commandants de Compagnie, de Chefs de section, de grenadiers, de mitrailleurs, sont créées et les cours en sont suivis avec fruit par tous les officiers, sous-officiers et Zouaves. Le 10 mai, le régiment quitte Dunkerque par voie ferrée et débarque le 11 à Breteuil, dans l'Oise, à proximité du camp d'instruction de Crèvecœur-le-Grand. L'instruction des troupes et des cadres est reprise avec activité. Le 4e Zouaves prend part à plusieurs manœuvres de Brigade et de Division. En dépit de la bataille de Verdun qui fait rage et qui absorbe une partie de nos forces, le Haut Commandement Français prépare une grande offensive dans le Nord et la 38e Division doit y participer. Cependant les attaques allemandes qui redoublent de violence feront que ce ne sera pas vers les rives de la Somme mais vers celles de la Meuse que le régiment va être dirigé. Vers le 20 mai, il lance des attaques très violentes sur la rive gauche de la Meuse, sur les deux bastions de la défense française, le Mort-Homme et la Cote 304. Repoussé, il rameute de nouveau ses forces, il va recommencer ; l'heure du 4e Zouaves sonne, l'ordre attendu depuis si longtemps arrive. Le 26 le régiment est transporté en chemin de fer à Revigny ou il débarque le 27, cantonne à Rancourt le 28 et par Jubécourt gagne le bois de Saint-Pierre, en arrière de Montzéville. Le 30 le régiment quitte les bois pour relever sur la cote 304 le 173e de Ligne. Voici les Zouaves sur la colline sans nom, au milieu des morts, séparés par un cercle de feu du reste du monde. A la nuit tombante, ils ont quitté les bois qui les abritaient et où d'autres déjà les remplacent ; à leur tour, ils ont suivi la grande voie douloureuse qui conduit à la terrible colline. Dans la nuit noire, trouvant leur route à la lueur des coups de tonnerre, baissant la tête sous les rafales, courant devant les obus, trébuchant dans les trous, après avoir traversé Montzéville et Esnes que les 210 achèvent de détruire, ils sont arrivés en première ligne. Les tranchées et les boyaux ont disparu sous l'incessant marmitage, il faut se contenter des trous d'obus pour s'abriter. La terre a cet aspect lunaire, cet aspect de fourmilière croulante qu'on ne voit qu'à Verdun. Pas un arbre, pas un brin d'herbe pour montrer qu'autrefois il y a eu là des bois et des prairies. Rien ne repose la vue, partout la glèbe éventrée montre ses blessures, chaque trou n'est que la marque du dernier obus tombé là. Partout des fusils broyés, des brancards brisés, des sacs éventrés, des pelles, des pioches, des casques attestent avec quelle furie on s'est battu sur ce tertre. Les morts servent de points de repère. Dans les trous d'obus, sur les parapets, ils dégagent une odeur immonde que n'arrive pas à faire disparaître l'âcre odeur de la poudre. En avant, en arrière, à droite, à gauche, partout dans les vallées et les replis de terrain, les canons aboient, hurlent, tonnent implacables. A la tombée de la nuit, le spectacle devient effrayant. De tous les points de l'horizon, perçant la brume qui monte, les lueurs de la lourde et les éclairs des 75 deviennent plus nombreux, plus rapides. L'artillerie allemande répond, les obus qui se croisent forment une voûte d'acier au-dessus des têtes. Les fusées rouges, vertes, oranges s'envolent mauvaises, semblant crier ; Barrage ! Barrage ! Tue ! Tue et déchaînant une véritable folie. A leur appel, des batteries ignorées s'allument à leur tour, crachant la mort ; les torpilles paresseuses montent dans le ciel et retombent par volée, défonçant, écrasant tout. Des tonnes d'acier s'abattent sur 304, le sommet que creusent et fouillent les obus fume comme un volcan. De minute en minute, le marmitage devient plus intense, plus violent. Les vallées et les ravins s'emplissent de fracas et de fumée, le cercle de feu qui étreint la sinistre colline s'étend, se resserre, va l'engloutir, la broyer. Tout tremble, tout saute, tout croule. Est-on sur terre ou est-ce l'au-delà ? Et cependant des hommes sont debout dans cet enfer. Ils exposent, inébranlables, le mur vivant de leurs poitrines aux trombes d'acier allemandes. On leur a simplement demandé de tenir, ils tiennent ! Et comme si ce n'était pas assez de misères, la pluie s'ajoute encore aux souffrances des Zouaves. Partout elle ruisselle, collant les vêtements aux corps, rendant plus lourdes encore les lourdes capotes des soldats. Les parapets s'effondrent, il faut se battre avec la boue, dans laquelle on enfonce jusqu'à mi-jambe, et comme on ne peut s'étendre il faut se résigner à ne jamais dormir. Sous l'action de l'humidité, les pieds enflent, deviennent douloureux ; marcher est un supplice. Il faut creuser cependant, remonter les parapets qui s'éboulent, transporter les munitions, évacuer les blessés, et toutes les nuits aller jusqu'à Montzéville, escorté par les obus, chercher la soupe. Elle arrive le lendemain, quand elle arrive ! froide, souillée de terre, immangeable, mais quoi, l'on sait s'en contenter, et comme la boisson n'est pas suffisante on se contente aussi du liquide fangeux recueilli dans les trous d'obus où traînent des détritus innommables. Aussi la dysenterie, dès le troisième jour, fait son apparition, et ce seront des fantômes hâves, décharnés, les lèvres noires, les yeux brillants de fièvre qui descendront de 304. Du 31 mai au 5 juin, les 2e et 3e bataillons sont seuls en première ligne, le 3e occupe le sommet et la pente Est de la colline, face au Mort-Homme ; le 2e est plus à droite, dans le ravin de la Hayette. Dès le 1er au soir, se produit une alerte qui déclenche de part et d'autre un violent tir de barrage. Le 5, le 4e bataillon vient se placer en réserve dans les tranchées Miramas et Tarascon. Un gros accident, survenu le 3 dans le bois de Béthelainville, le prive de tous ses commandants de Compagnie. Ce jour-là, vers 10 heures, au cours d'une réunion, un obus de gros calibre tombe à proximité du groupe des officiers. Le Capitaine Moreau, le Lieutenant Robert, 3 Caporaux et un Zouave sont tués sur le coup. Les Capitaines Claerbout, les Lieutenants Dupuis, Delivet, Bourdillat, Bourdillon sont blessés ainsi que 16 gradés et Zouaves. En dépit de ces pertes, les compagnies commandées par des Sous-Lieutenants étaient loin d'être démoralisées, elles surent le prouver par la suite. Les journées du 5 au 9 se passent sans attaque d'infanterie et les communiqués sans doute n'enregistrent pour ces jours-là que la phrase laconique : « Sur la rive gauche de la Meuse, actions d'artillerie ». Mais ceux qui n'ont pas vu ! ceux qui n'ont jamais été de la mitraille ne peuvent s'imaginer ce qui, à Verdun, s'appelait actions réciproques d'artillerie. Tous les jours la liste des morts et des blessés s'allonge, les camarades disparaissent un à un et sans attaque, les Compagnies sont déjà réduites de moitié. Le 9, vers 10 heures, le bombardement allemand, qui n'arrête jamais, devient plus violent. A 11 heures, il atteint toute son intensité, c'est un véritable feu roulant que scandent les éclatements déchirants des torpilles et des 280. Le tir de l'artillerie allemande est surtout concentré sur le bois Camard, le sommet de la cote 304 et la tranchée du Bec. Le 3e bataillon subit des pertes sérieuses, il a de nombreux tués et le feu est tel qu'on ne peut songer à évacuer les blessés. Le Sous-Lieutenant Adant, de la 12e compagnie, qui a une conduite admirable depuis le début du bombardement et ne cesse de circuler dans la tranchée où se trouve sa section, réconfortant les uns, riant avec les autres, soutenant tout le monde par son courage et son moral extraordinaire, est tué par une torpille qui ensevelit le Sergent Nondedeu et trois Zouaves de sa section. Vers 15 heures, un obus de 280 arrache le bras gauche du Lieutenant Guerrieri, commandant la 11e Compagnie, et qui était connu de tout le régiment pour sa bravoure et son étonnante audace. Le Sous-Lieutenant Durand se porte à son secours, le ramasse dans la boue, panse l'horrible blessure. Guerrieri, les dents serrées, ne songe pas à son mal, il se sait perdu pourtant. Toute sa pensée est à sa Compagnie, à ses hommes qu'il aime tant ; tiendront-ils, tout-à-l ’heure, sans leur Chef, quand l'attaque allemande se produira ? Si la 11e reculait il crie à ses soldats sa dernière recommandation : « A Mes amis, faites toujours comme si j'étais parmi vous ! » Ce sont ses derniers mots, un nouvel obus lui ouvre le crâne et tue à ses côtés le Sous-Lieutenant Durand. Il n'a pas parlé en vain, sa prière est sur toutes les bouches et tout à l'heure, devant les calots gris, les Zouaves de la 11e montreront qu'ils l'ont comprise. Voilà six heures que dure ce bombardement infernal. Six heures qu'on compte par lambeaux de minutes, la gorge sèche, les yeux brûlés par la fièvre. Qu'ils sortent, qu'ils attaquent, que l'on se batte enfin, mais que finisse ce cauchemar ! 16 h. 30 ! Enfin ! le cri d'alerte des guetteurs jette tout le monde au parapet, les allemands arrivent, précédés de lance-flammes, ils ne sont plus qu'à 50 mètres de la ligne : Trop tard ! jamais ils ne l'atteindront ! Debout sur la tranchée pour mieux viser, hurlant la Marseillaise, les hommes de la 9e compagnie, leur Capitaine en tête, abattent les deux premiers « Flamen ». Les mitrailleuses se mettent de la partie, les Allemands tombent de tous côtés ou refluent vers leurs lignes ; ceux qui se sont couchés dans les trous d'obus resteront jusqu'au soir sous la menace des fusils. Ce beau succès était chèrement acheté ; les pertes du 3e bataillon étaient sévères. Les journées suivantes sont plus calmes, seul le bombardement du Ravin de la Hayette et du ravin en arrière de 304, connu sous le nom de Ravin de la Mort, continue, rendant très pénibles et très dangereuses les corvées de ravitaillement et les évacuations de blessés. Il ne se passe pas de jour sans qu'un nouveau cadavre ne s'ajoute à tous ceux qui bordent la piste suivie par les Zouaves. Dans la nuit du 9 au 10 juin, le 11e bataillon est relevé, le 3e quitte les tranchées la nuit suivante, remplacé par le 5e. Le 15, le 4e bataillon, bien que très fatigué par 10 jours de ligne, reçoit l'ordre d'attaquer la tranchée Vailly, pour aider la progression des troupes qui avancent sur les pentes Ouest du Mort-Homme. La 14e compagnie est désignée pour exécuter cette attaque, mais l'opération, préparée en hâte, décommandée, puis reprise, ne réussit pas. A peine sortis des tranchées, les Zouaves sont accueillis par un feu de mitrailleuses et ne peuvent progresser. Le 16 au matin, nouvelle tentative pour s'emparer de la tranchée Vailly ; les grenadiers réussissent, en se glissant de trous d'obus en trous d'obus, à parvenir jusqu'à 20 mètres de la tranchée allemande, mais ne peuvent traverser le barrage ennemi. Ils sont obligés de revenir à leurs positions de départ. Le 16, le régiment laissant le 5e bataillon en ligne, gagne par étapes le village de Fleury-sur-Aire en vue d'une refonte complète des bataillons. Le 11e bataillon est dissous et ses unités réparties entre les trois autres. Ainsi recomplétés, et après quelques jours de repos, les trois bataillons du régiment sont de nouveau mis en ligne sur la cote 304 et occupent sensiblement le même secteur que lors de leur premier séjour.  Mais les conditions sont changées, le bombardement est moins violent et par suite les pertes sont moins lourdes. Seule la pluie continue à tomber avec la même régularité et comme la première fois rend très pénible le séjour dans les tranchées transformées en véritables bourbiers. Le ravitaillement est toujours difficile et de nouveau, l'humidité aidant, de nombreux cas de dysenterie apparaissent, qui réduisent les effectifs. Du 26 juin au 1er juillet, les 3e et 4e bataillons occupent les positions de soutien en avant du village d'Esnes et dans le ravin de la Hayette. Le 1er juillet, vers 3 h. 30 du matin, les allemands déclenchent subitement un violent bombardement sur le sommet de 304 tenu par le 120e régiment d’infanterie. A 5 heures, le 3e bataillon est alerté et reçoit l'ordre de porter d'extrême urgence deux compagnies vers le réduit Odent et le boyau 304, afin de contre-attaquer et de reprendre les éléments de tranchée tombés aux mains des Allemands. Les 11e (compagnie Lassouquère) et 9e compagnies (compagnie d'Hubert) partent à 5 h. 30, descendent dans le Ravin de la Mort sans pertes, mais sur les pentes Sud de 304 la 9e est prise dans un violent tir de barrage. Les pertes sont nombreuses et la progression de cette Compagnie, déjà fort pénible par suite de l'état du terrain, est considérablement ralentie. Avec un esprit de décision remarquable, le Capitaine Lassouquère, commandant le 11e, lance son monde sur la tranchée occupée, sans attendre l'appui de la 9e. Les allemands, surpris par la rapidité de cette contre-attaque qui vaudra à la 11e une citation à l'Ordre de l'Armée, ne tiennent pas devant la fougue des Zouaves. Au bout de quelques minutes de combat ils lâchent pied et les hommes de la Compagnie réoccupent sans difficultés les tranchées un instant perdues. La 9e vient alors renforcer la ligne tenue par la 11e. Les pertes de la Compagnie Lassouquère sont faibles, celles de la Compagnie d'Hubert sont assez élevées. Le Capitaine et le Sous-Lieutenant Glatigny sont grièvement blessés. Le Sergent Pétrus, qui tant de fois avait fait rire ses camarades dans les représentations théâtrales du régiment, est tué. Le 12 juillet les derniers éléments du régiment quittaient la cote 304. Du 13 juillet au 4 août, le régiment se repose de ses fatigues dans les agréables villages des environs de Revigny ; les permissionnaires vont raconter au pays leurs exploits de Verdun. Les nouveaux renforts, aux récits de l'attaque du 9 juin, ou de la contre-attaque du 1er juillet, ont bientôt un moral à l'égal des anciens. Les jeux, les séances sportives et récréatives, les exercices, les concours de tir au fusil et à la mitrailleuse sont repris et maintiennent tout le monde dans ce bon moral. Le 4 août au soir, les Zouaves sont devant Souville. Le 4e et le 3e bataillons sont en ligne. Le 40 à gauche, relié vers Fleury au 8e Tirailleurs ; le 3e à droite sur les pentes Est du Ravin des Fontaines. Le 5e bataillon, en soutien, occupe les tranchées du fort et les tourelles. La relève, en dépit d'un violent marmitage, a lieu sans pertes et sans incidents. Le 5, à la pointe du jour, les Allemands déclenchent un très violent bombardement par obus de tous calibres sur tout le front du régiment. La première ligne, le Ravin des Fontaines, et sa carrière où se trouve le poste de commandement du Colonel sont particulièrement battus, tandis que Souville est soumis à un tir de démolition par obus de 305 et de 380. Les fils téléphoniques sont bientôt coupés, les Zouaves étant presque entourés par les Allemands ne peuvent envoyer de coureurs vers l'arrière. Ils ne devront compter que sur eux-mêmes pour tenir devant l'attaque allemande qui se prépare ; mais depuis longtemps les Zouaves savent comment se repoussent les attaques. A 7 h. 40, l'ennemi sort de ses tranchées, il avance sur quatre vagues. A gauche, profitant d'un vide au centre du 4e bataillon, les grenadiers bousculent nos petits postes, traversent notre première ligne et réussissent même à dé passer le poste de commandement du chef de bataillon. Les compagnies résistent sur tout le front. Les sections de soutien, la liaison du bataillon, les signaleurs et les pionniers, sous le commandement du Sergent-Major Domazon, contre-attaquent vigoureusement et repoussent les vagues d'assaut allemandes. Après 45 minutes de combat, l'ennemi est refoulé jusque dans ses tranchées. Le Capitaine Ageron, commandant la 14e compagnie, quoique blessé par trois éclats d'obus, continue à combattre et, à la tête de ses hommes, réoccupe bientôt tout le terrain qu'il a dû un instant abandonner sous la pression ennemie. Le Capitaine de Clermont-Tonnerre, nouvellement arrivé au régiment, tient tête à l'attaque avec la 13e. Le Sous-Lieutenant Pailler, commandant la 15e, est tué à la tête de sa section de soutien au moment où, debout sur la tranchée, il s'apprête à poursuivre l'assaillant. Partout, officiers et Zouaves rivalisent d'ardeur, de courage, d'abnégation pour que cette nouvelle attaque ait le sort de toutes celles qu'ils ont subies. A droite, le 3e bataillon repousse assez facilement l'assaillant sur la plus grande partie de son front. Dans le Ravin des Fontaines, la 19e compagnie et les deux sections de la M/5 qui, au cours de la nuit, se sont placées en crochet défensif vers la droite du 3e et qui ont eu des pertes excessivement lourdes par suite du bombardement subissent à leur tour l'attaque ennemie ; leurs hommes ne reculent pas cependant, au contraire, ils se lancent avec fureur sur le bataillon allemand qui, déjà, croyait tenir le fort. Une lutte sauvage, rapide, s'engage aussitôt. Dans ce terrain bouleversé, l'alignement et l'ordre des sections ne peuvent être maintenus, les Zouaves et les allemands, mélangés, confondus en une masse tourbillonnante se fusillent à bout portant. Les obus des deux artilleries tombent au milieu des deux troupes et y creusent encore, plus que les balles, des vides profonds. Les trois officiers de la 19e compagnie sont tués. Le Sous-Lieutenant Bonnefoy, commandant les deux sections de mitrailleuses sert lui-même une de ses pièces ; entouré d'Allemands, ses hommes tués ou blessés autour de lui, il va succomber à son tour ; pour s'en tirer, il doit ruser, contrefaire le mort et attendre au milieu des cadavres qu'une contre-attaque de notre part vienne le délivrer. Elle va bientôt se produire. La 17e compagnie, en réserve sur les pentes de Souville, reçoit l'ordre de se porter en hâte à la droite du 3e bataillon, de faire front et d'arrêter coûte que coûte les allemands qui, de trous d'obus en trous d'obus, progressent dans le fond du ravin. Avec une abnégation, un esprit de sacrifice, une discipline qu'on n'admirera jamais trop, les braves de la 17e descendent les pentes de Souville au milieu d'un barrage d'obus de tous calibres et d'une fusillade intense. Les mitrailleuses allemandes du Bois Fumin et celles en arrière de la Chapelle Sainte-Fine tirent avec furie. A chaque instant un homme tombe mortellement frappé ; on peut suivre la malheureuse compagnie à la longue trace de « kakis » qu'elle laisse derrière elle. Elle a fait deux cents mètres à peine que déjà elle n'existe plus, ses rares survivants se jettent dans des trous d'obus et attendent que la tourmente de feu et d'acier passe. Le soir, au nombre de 19, ils rejoindront leur bataillon. La situation est critique. Chaque minute qui passe l'aggrave encore ; les allemands ayant complètement tourné le 3e bataillon sont à deux cents mètres à peine du poste de commandement du Colonel ; encore quelques instants et rien ne les empêchera plus d'aller jusqu'à Souville. L'impossible se réalise. Promptement le Lieutenant Charles réunit les quelques pionniers qui lui restent, et avec des cyclistes, les téléphonistes, 17 hommes en tout, se porte au-devant des allemands qui croient ne plus avoir de Français devant eux. La petite troupe peut masquer son mouvement grâce à un pli de terrain. Arrivée à 30 mètres des allemands, les 17 Zouaves se relèvent, sautent sur les grenadiers ennemis surpris ; une quinzaine de ceux-ci se rendent aussitôt tandis que leurs camarades refluent précipitamment vers leurs lignes. La courageuse petite troupe profite de cette panique de l'ennemi pour avancer encore, délivrer le Sous-Lieutenant Bonnefoy et les quelques survivants de la 19e restés sur le terrain. Jusqu'au soir elle tiendra les allemands en respect et ceux-ci, la nuit venue, retourneront à leurs tranchées de départ, abandonnant à tout jamais l'idée de prendre Souville.

Vaux

Paulin est mort le 5 août 1916 à Vaux durant cette terrible attaque qui coûte la vie à 107 hommes, fait 411 blessés et 94 disparus. Sa sépulture reste inconnue mais son corps n'a peut-être jamais été retrouvé.

Il est cité à l’ordre du régiment n°66 : « Zouave courageux et animé d’un excellent esprit. Parti en campagne au début a été blessé. Revenu au front le 5 octobre 1915 s’est toujours bravement comporté, notamment dans la journée du 7 juin 1916 en secourant deux de ses camarades grièvement blessés dans leurs abris de 1ère ligne sous un violent bombardement ».

Cdg 1 etoile bronze

Les déplacements de Paulin durant la guerre

Sources

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